Éducation nationale : Après le succès du 6 mai,la grève reconductible se développe08/05/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/05/une1814.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Éducation nationale : Après le succès du 6 mai,la grève reconductible se développe

Le succès de la grève appelée par les syndicats et les "établissements en lutte", l'ampleur des manifestations, le nombre grandissant d'écoles, collèges et lycées qui sont entrés dans la grève reconductible, ont fait indiscutablement du 6 mai une étape importante dans l'extension du mouvement à l'Éducation nationale.

Les rectorats et le ministre Ferry se sont acharnés toute la journée à pointer un soi-disant "recul du mouvement" ou une "plus faible mobilisation" que lors des précédentes journées de grève. Ces gens-là ne savent visiblement pas compter. La manifestation parisienne, extrêmement dynamique, a rassemblé entre 20 et 25000 personnes soit six fois plus que la dernière manifestation parisienne du mardi 29 avril. Les manifestations de Marseille avec plus de 15000 personnes, celle de Toulouse avec plus de 8000 ( le double qu'en avril) ont montré une forte détermination. Sans doute toutes les académies n'étaient pas mobilisées de la même manière, beaucoup n'ayant repris le travail que la veille et ayant eu un temps très court de préparation. Mais même dans ces académies-là, la mobilisation était forte. À Lyon, la manifestation a été suivie d'une assemblée de grévistes de plus de 300 personnes. Au Mans, ce sont plus de 450 grévistes qui se sont retrouvés en assemblée générale pour discuter de la continuation du mouvement.

Au lendemain de cette journée, toutes les assemblées générales locales, départementales, régionales discutaient de la continuation et du renforcement de la grève reconductible, seules réponses aux attaques tous azimuts de Ferry, Fillon et Raffarin.

Réagir aux attaques gouvernementales

La grève qui se développe dans l'Éducation nationale est en effet une réaction à un ensemble de provocations gouvernementales accumulées depuis le début de l'année scolaire.

La première offensive a porté sur la suppression de 20000 emplois-jeunes programmée pour la rentrée prochaine et la disparition progressive des MI-SE (maîtres d'internat et surveillants d'externat), avec 5600 postes de surveillants supprimés dès la rentrée 2004. La suppression de 20000 emplois-jeunes dès la rentrée prochaine constitue le plus vaste plan de licenciements qu'on ait connu ces dernières années. Des milliers de jeunes collègues qui ont joué ces dernières années un rôle décisif dans le domaine de l'encadrement (surveillance, documentation, aides spécifiques aux élèves) se retrouveront jetés sur le pavé après cinq ans d'activité. Quant à la création de 16000 postes d'assistants d'éducation, elle permet au ministère de l'Éducation nationale de remettre en cause le statut de MI-SE (passage de 28 heures à 35 heures), mais aussi de supprimer encore des milliers de postes, au total plus de 10000.

D'une manière générale le mouvement pose très fermement la question des moyens en personnel et le besoin de "créations de postes en nombre suffisant".

La décentralisation et les retraites

Le second terrain d'attaque du gouvernement tourne autour de la question de la décentralisation. Plus de 110000 salariés non enseignants de l'Éducation nationale (agents de service, conseillers d'orientation, assistantes sociales, médecins scolaires) seront "transférés" aux Régions dès la rentrée prochaine. Ces transferts se traduiront à plus ou moins longue échéance par la disparition d'une partie de ces personnels des établissements scolaires. En effet la Région qui deviendra leur employeur aura tout loisir de leur confier des missions hors des écoles, des collèges ou des lycées. Les assistantes sociales ou les conseillers d'orientation, déjà débordés, verront leurs tâches s'alourdir. Ce sera au détriment de leur disponibilité à faire face aux problèmes posés dans les établissements scolaires. Et cette décentralisation introduira forcément des disparités officielles, en fonction du budget plus ou moins grand que les Régions consacreront à l'Education ainsi qu'en fonction des pressions du patronat et des notables qui pourront plus facilement imposer leurs choix.

Quant à la proximité que le gouvernement prétend vouloir favoriser, elle servira d'alibi à une plus grande prise en compte des intérêts du patronat local et des notables locaux, mais ne servira pas les intérêts de la population laborieuse, de la jeunesse et des familles: il n'est que de voir comment le gouvernement choisit de faire disparaître des écoles des catégories de personnels indispensables aux élèves et aux parents. Quant aux agents de service, outre qu'ils risquent d'y perdre sur leurs congés en passant à la Région ou au Département, ils risquent d'être confrontés à la privatisation de certaines activités comme le nettoyage ou la préparation des repas.

Les grévistes exigent donc que la loi sur la décentralisation soit annulée et refusent les transferts vers les Départements et les Régions.

L'autre raison de la colère des personnels de l'Éducation nationale porte évidemment sur la question des retraites. Dans les salles de professeurs, tout le monde fait son calcul. Ce que promet Fillon et Raffarin, c'est de travailler plus longtemps (pour l'instant 42 annuités de cotisation sont programmées) pour une pension amputée de 30% et même davantage. Quand on sait qu'en moyenne un professeur commence à travailler aux environs de 25/26 ans, c'est à 67/68 ans que le gouvernement voudrait à terme lui imposer de prendre sa retraite à taux plein, ce que beaucoup n'envisagent absolument pas. Tout le monde comprend qu'en réalité c'est une baisse drastique des taux de pensions qui est programmée. Le mouvement exige la retraite à taux plein avec 37 ans et demi de cotisations pour tous, public comme privé.

A tout cela s'ajoute la lutte contre la précarité. En effet le nombre de contractuels, vacataires, CES ne cesse d'augmenter à l'Éducation nationale. Dans bien des assemblées départementales la titularisation de tous les précaires a été intégrée à la plate-forme revendicative.

Un mouvement qui doit encore s'étendre

On le voit, les personnels de l'Éducation nationale sont confrontés à une offensive tous azimuts à laquelle ils répondent par la mobilisation grandissante et le développement du mouvement dans bien des académies. En région parisienne, avec la préparation du 6 mai, la grève reconductible qui était forte en Seine-Saint-Denis a commencé à s'étendre à d'autres départements comme l'Essonne, le Val-de-Marne, le Val-d'Oise , les Hauts-de-Seine et surtout Paris où des dizaines d'écoles, collèges et lycées ont rejoint la grève reconductible ou s'associent au mouvement. En province, à Marseille et Toulouse en particulier, le mouvement est très fort.

Tout le monde est conscient qu'il reste peu de temps pour réussir à étendre la grève dans toutes les académies. Dans les assemblées départementales régionales ou nationales, c'est la question de la grève générale dans toute l'Éducation nationale qui est à l'ordre du jour, seule réponse aux attaques de Ferry, Fillon et Raffarin. A l'issue de la manifestation parisienne du 6 mai, 500 grévistes se sont retrouvés à la Bourse du travail de Paris, représentant 220 établissements du secondaire et des dizaines d'écoles. Un appel à la grève reconductible et à la grève générale dans l'Education a été approuvé par l'assemblée.

Par ailleurs, samedi 3 mai quelque 200 militants de la grève se sont retrouvés à Paris, venus de la Région parisienne et de diverses villes, comme Marseille, Toulouse, Lyon , Rouen, de diverses villes de Bretagne, ou même de la Réunion. Ils ont décidé de continuer à tout faire pour élargir le mouvement à de nouveaux établissements, de nouveaux secteurs et de développer partout la grève reconductible, en faisant appel à tous ceux qui souhaitent les rejoindre. Ils ont décidé de constituer une coordination nationale provisoire, qui est un cadre ouvert à tous ceux qui veulent échanger leurs expériences et aller de l'avant dans l'élargissement de cette lutte qui en est encore à des niveaux différents selon les villes et les établissements.

Un appel à la grève reconductible et à la grève générale dans l'Éducation nationale a été approuvé par l'assemblée. Il est évidemment de l'intérêt du mouvement, pour son développement futur que les nouveaux secteurs qui entrent dans la mobilisation viennent apporter à cette assemblée leurs points de vue, leur enthousiasme et leur détermination. Une nouvelle réunion a été prévue pour le samedi 10 mai.

Il faut que le mouvement se développe encore et les initiatives sont nombreuses au niveau des établissements, des villes, des départements, des régions. Une nouvelle journée de mobilisation a été décidée pour le vendredi 9 mai, en attendant celle du mardi 13 mai dont tout le monde a conscience qu'elle sera décisive tant pour l'élargissement du mouvement que pour ses perspectives.

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