Derrière les discours sur le rôle de l’ONU : Rivalités pour les marchés17/04/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/04/une1811.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Derrière les discours sur le rôle de l’ONU : Rivalités pour les marchés

Alors que les combats se poursuivaient, accumulant encore les morts de civils irakiens, les dirigeants des pays impérialistes qui représentent ce qu'ils appellent improprement «le camp de la paix» multipliaient les déclarations sur le rôle central de l'ONU qui serait indispensable pour la reconstruction de l'Irak.

Dès le jeudi 10 avril, le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, après s'être félicité de la chute du régime de Saddam Hussein, déclarait: « Je souhaite que les combats s'achèvent le plus vite possible pour que l'Irak, avec l'appui de la communauté internationale, puisse s'atteler à sa reconstruction dans le respect de son unité, de son intégrité territoriale et de sa souveraineté», et il poursuivait: «Ensemble, il faut maintenant construire la paix en Irak et cela passe, pour la France, par un rôle central des Nations unies... »

Le 11 avril, lors d'une réunion à Saint-Pétersbourg, les dirigeants russe, allemand et français s'accrochaient, en les présentant comme une concession américaine, aux dernières déclarations de Bush. Celui-ci avait déclaré qu'il considérait le rôle de l'ONU vital, mais, avait-il ajouté aussitôt, essentiellement dans le domaine humanitaire.

Un ballet diplomatique est en cours, de la rencontre de Villepin avec le dirigeant syrien Bachar el Assad, à celle prévue de Schröder et du Premier ministre britannique Tony Blair, et au sommet européen du 16 avril à Athènes dont l'objectif est de tenter de convaincre les États-Unis de laisser la reconstruction sous le contrôle de l'ONU. Le sort de la population irakienne ne rentre en fait en rien dans les préoccupations des Chirac, Schröder ou Blair, soucieux surtout de participer au pactole que peut représenter la reconstruction en Irak, sous contrôle de l'ONU.

Le marché de la reconstruction promet d'être très profitable en effet. La première étape de cette reconstruction représenterait déjà un marché de 2 milliards de dollars, et la somme globale pourrait s'élever jusqu'à 25, voire 100 milliards de dollars. Mais le marché est déjà dans les seules mains américaines. Ainsi Kellog, Brown and Root, une filiale de Halliburton, la société dont Dick Cheney, l'actuel vice-président américain, était le PDG, s'est déjà vu confier l'extinction et la remise en état des puits de pétrole irakien. La Stevedoring Services of America (SSA) s'est vu attribuer par l'USaid (l'agence des États-Unis pour une prétendue aide internationale) la remise en service et la gestion du port irakien d'Oum Qasr, seul port en eaux profondes, soit un contrat de 4,8 millions de dollars. Une grande société américaine administrerait les hôpitaux. D'autres contrats, pour près de 1 milliard de dollars, ont été confiés à des sociétés américaines pour remettre en état routes, oléoducs et raffineries parmi lesquelles les multinationales du BTP, Bechtel, Parsons, ou, encore, Halliburton.

Ensuite viendront les contrats pétroliers, et des multinationales françaises, comme TotalFinaElf, voudraient bien obtenir qu'on leur concède une présence en Irak. De même, si Blair semble prendre quelque distance avec les États-Unis, c'est parce qu'il craint de n'avoir même que trop peu des miettes escomptées: il ne pourra pas compter sur autre chose qu'une partie de la sous-traitance. Derrière la scène diplomatique, c'est donc surtout une sordide guerre de contrats qui est menée par les valets des multinationales que sont les dirigeants politiques.

Après la première guerre du Golfe, de pareilles tractations avaient déjà eu lieu, déguisées avec les mêmes arguments hypocrites. Et on avait vu un Michel Charasse, le ministre socialiste du Budget d'alors, envoyé au Koweït comme démarcheur de Bouygues, Thomson et quelques autres, quémander aux émirs les contrats de reconstruction que les industriels n'avaient pas encore pris. Les entreprises françaises avaient finalement obtenu quelques miettes. De décembre 1996 à juin 2000, elles avaient obtenu un montant cumulé de contrats pour plus de 3,5 milliards de dollars.

Voilà donc à quoi se résument toutes les déclarations et simagrées françaises, russes, allemandes, et même anglaises, sur le rôle central des Nations unies. Ce sont des simagrées d'impérialismes de seconde zone qui ne pourront au mieux que ramasser les quelques miettes que l'impérialisme le plus puissant voudra bien leur laisser, et qui ne se soucient pas plus que celui-ci du sort du peuple irakien. Car, de tous ces contrats de « reconstruction », bien peu concernent la population irakienne elle-même: il s'agit surtout des ports, oléoducs et infrastructures qui permettent aux sociétés occidentales de mettre l'Irak en coupe réglée. La population continuera à végéter dans la misère dans un pays détruit.

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