Les pauvres des pays pauvres interdits de médicaments02/01/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/01/une1796.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Les pauvres des pays pauvres interdits de médicaments

Les pays pauvres ne pourront pas se procurer à bas prix les médicaments indispensables contre les grandes épidémies qui les frappent : sida, malaria, tuberculose.

Il y a un an, lors d'une conférence à Doha, au Qatar, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) avait laissé entendre que des assouplissements sur la réglementation des brevets pourraient permettre la distribution, à bon marché, de ces produits qui resteraient aux prix d'origine dans les pays développés. Après un an de tractations censées définir les conditions commerciales et la liste des États susceptibles de bénéficier de cette mesure, le gouvernement américain a mis son veto au projet proposé.

Il craint qu'un tel accord n'entraîne la contestation des brevets concernant d'autres médicaments, qui soignent le diabète, l'hypertension et l'asthme et qui sont une énorme source de profits pour ses laboratoires. L'industrie pharmaceutique américaine - mais aussi européenne - craint également que ces médicaments soient revendus à bon marché sur les marchés occidentaux, ce qui concurrencerait les médicaments du même genre mais plus chers.

Bush, en novembre 2001, avait imposé au laboratoire Bayer de baisser de moitié le prix de son antibiotique contre la maladie du charbon, en faisant passer la pilule de 1,77 dollar à 95 cents. Il avait alors invoqué " l'état d'urgence maximale " qui permet de passer outre aux règles régissant les brevets. Le gouvernement américain redoutait alors l'anthrax, dont il contribuait d'ailleurs à entretenir la psychose.

Aujourd'hui, il ne s'agit plus des États-Unis mais de pays pauvres. Les maladies dont ils souffrent tuent par milliers, voire par centaines de milliers. On pourrait y remédier quand il s'agit du sida, ou les soigner quand il s'agit de la tuberculose, mais ce n'est pas rentable car les marchés auxquels ils sont destinés ne sont pas solvables. Comme il n'est pas rentable de faire des recherches sur les maladies tropicales pour lesquelles on n'a fabriqué que 13 médicaments sur les 1 393 créés entre 1975 et 1999.

L'OMC doit rediscuter du problème en janvier. Mais c'est le système entier qui est malade du capitalisme, contre lequel il faut déclarer l'état d'urgence maximale.

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