Espagne : Marée noire et incurie des gouvernants25/12/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/12/une1795.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Espagne : Marée noire et incurie des gouvernants

Au fil des jours, les conséquences de la marée noire engendrée par le naufrage du Prestige apparaissent de plus en plus dramatiques. Et il y a de quoi rendre sceptiques ceux que, de ce côté des Pyrénées, les autorités françaises essaient de rassurer en leur expliquant que le hasard des courants et des vents laisserait un sursis à l'arrivée vers les côtes françaises des nappes de pétrole qui continuent de s'échapper du pétrolier.

Les habitants de la Galice, région du nord-ouest de l'Espagne qui vit essentiellement de la pêche et du tourisme, continuent de payer cher l'inconscience et l'incurie dont les autorités espagnoles ont fait preuve durant les semaines qui ont suivi la catastrophe. Et ceux qui au pays Basque français ou dans le golfe de Gascogne scrutent l'arrivée des plaques de pétrole ont de quoi être inquiets et défiants.

Aujourd'hui ce sont toujours près de 125 tonnes de pétrole qui chaque jour s'échappent du Prestige. Les effets du colmatage décidé il y a quelques jours ralentissent peut-être le flux, mais ils ne l'arrêtent pas. Et les vents, tout comme les variations des courants marins, peuvent à chaque instant accélérer le rythme auquel se déverse le pétrole qui, contrairement à ce que disaient les autorités espagnoles, ne se répand pas sous forme de filets noirs faciles à contenir, mais en plaques ravageuses et toxiques, difficiles à manipuler, dont l'épaisseur est parfois de plus d'un mètre.

Jusqu'à présent ce sont essentiellement des volontaires de Galice, parfois aidés d' hommes, de femmes, de jeunes ou de moins jeunes venus d'autres régions d'Espagne, qui ont tenté de déblayer ou de nettoyer des plages ou des zones rocheuses avec des moyens de fortune. Les autorités locales ou nationales se contentaient de laisser faire, sans mettre à la disposition de la population galicienne les moyens humains et techniques dont elles disposent. Et c'est par un cri de révolte qu'ont répondu les habitants de la Galice quand, après un mois de silence ou de propos irresponsables, Aznar s'est risqué à venir " demander pardon aux personnes qui certains jours ont manqué de moyens et de ressources dont nous (le gouvernement de Madrid) ne disposons pas. " Mais pourquoi l'Armée n'a-t-elle pas été mobilisée dès le premier jour pour aider la population ? Pourquoi les volontaires ont-ils manqué d'outils, de gants et de produits indispensables à l'efficacité de leur travail et à la protection de leur santé ?

Le mécontentement et les protestations ne sont pas venues de la seule population galicienne, qui sait très bien qu'elle a perdu, en quelques jours et pour des années, son attrait touristique ainsi que ses réserves de poisson, de coquillages et de mollusques qui constituaient l'essentiel de ses ressources. A Barcelone, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre la politique du gouvernement sur ce problème. En Andalousie, d'où sont partis de nombreux bus de volontaires en direction de la Galice, l'affaire du Prestige apparaît comme une manifestation, une de plus, du mépris des gouvernants vis-à-vis de la population pauvre. Ce même mépris qui a poussé le gouvernement d'Aznar à s'en prendre aux chômeurs et à remettre en cause un système d'allocation en imposant une réforme qui, si elle est appliquée, va priver de toute ressource des dizaines de milliers de familles et, à terme, condamner à la ruine des villes et des bourgades d'Andalousie.

Sans doute le gouvernement estime-t-il qu'à quelques mois d'échéances électorales municipales il va falloir faire quelques gestes. Mais de toute façon le bilan est d'ores et déjà un véritable drame, écologique mais aussi social.

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