Lever, Bilore, Coventry : Une histoire écrite dès avril 200018/12/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/12/une1794.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Lever, Bilore, Coventry : Une histoire écrite dès avril 2000

Lorsque les patrons de Lever ont annoncé le 5 avril 2000 la décision d'Unilever de se désengager de l'usine d'Haubourdin, ils avaient dans leurs cartons le nom d'une " grande entreprise espagnole d'envergure européenne : Bilore ", disposée à reprendre l'usine et 234 de ses salariés.

Lors de notre rencontre avec Martine Aubry, alors ministre du Travail, elle conseillait de ne pas faire grève pour ne pas décourager le repreneur. Ce qui importait, d'après elle, c'était l'emploi et la réindustrialisation.

Nous étions plusieurs à avoir un point de vue différent. D'abord, il n'y avait aucune justification à cette fermeture : Lever avait annoncé en 1999 des bénéfices en hausse de 18 % par rapport à l'année précédente. Ensuite, sur les 450 que nous étions, le repreneur n'avançait que 234 réembauchés, les plus anciens. Et les plus jeunes, qu'allaient-ils devenir ? Dernier problème, mais non le moindre, le niveau des salaires : Bilore faisant état dans la presse de salaires 40 % inférieurs à ceux de Lever. De plus, la participation aux bénéfices et l'intéressement étaient supprimés. En conclusion, nous aurions dû accepter une baisse de 50 % de nos revenus !

Nous avions cependant l'expérience de salariés d'autres entreprises ayant connu les mêmes situations, La Lainière de Roubaix, Xérox à Neuville-en-Ferrain, etc. Et nous savions que les salariés qui avaient accepté la prétendue " réindustrialisation " s'étaient retrouvés Gros-Jean comme devant lorsque le repreneur avait été mis en liquidation.

Convaincus que Bilore ne durerait que deux ou trois ans, nous avions donc décidé en assemblée générale d'empêcher le désengagement de Lever. Et si nous n'y arrivions pas, que ce trust paye une indemnité d'un million de francs à chacun. Nous avions sous la main une entreprise qui avait de l'argent, Lever, il fallait prendre notre part, sinon, nous risquions de ne rien avoir.

Ce qui était prévisible s'est produit. L'entreprise espagnole, qui employait 300 ouvriers au Pays basque espagnol, a annoncé, un an et demi après avoir repris Lever-Haubourdin, qu'elle était en difficulté en Espagne où les salaires n'étaient plus payés. A la mi-octobre 2002, au comité d'entreprise, un nouveau patron nous a été présenté. Il s'agissait de Coventry SA, qui avait racheté 88 % des actions Bilore.

Si nous faisons le bilan des promesses de la réindustrialisation, chère à Aubry et à tous les politiciens de gauche comme de droite, Bilore, après n'avoir embauché que 190 salariés au lieu des 234 promis, a jeté l'éponge moins de deux ans plus tard, et il paraît même que Lever aurait été floué puisque, sur les 25 millions de francs que Bilore devait payer, seul 1,5 million aurait été versé !

Ce deuxième repreneur, Coventry SA, ne tarit pas de promesses : huit millions d'euros d'investissements, embauche de 15 personnes supplémentaires et prévision de production en lessives liquides triplée (110 000 tonnes contre 32 000 actuellement). Et si vous ne croyez pas cette histoire, les repreneurs vous en raconteront une autre...

En attendant, nous sommes bien contents d'avoir fait confiance à notre lutte et aux travailleurs de Siemens, Bénédicta, Royco, Case, Stein-Industries, etc., qui ont été avec nous. Aujourd'hui, ceux qui ont été licenciés ont touché au moins 45 700 euros, en plus des indemnités conventionnelles de licenciement y compris ceux qui ont été réembauchés par Bilore. Quant aux plus anciens qui ont accepté le Casaic - sorte de préretraite dès 55 ans prise en charge par Lever - ils partiront avec l'indemnité de licenciement et 12 500 euros d'indemnité additionnelle.

Bien sûr, ce n'est pas le Pérou, mais nettement mieux que ce que proposaient Lever, Aubry et tous ceux qui auraient aimé que les ouvriers de Lever ne se défendent pas.

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