Matra (Romorantin) : Non aux licenciements !05/12/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/12/une1792.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Matra (Romorantin) : Non aux licenciements !

Samedi 30 novembre, une grande manifestation a réuni 1500 personnes dans les rues de Romorantin, dans le Loir-et-Cher, pour protester contre les suppressions d'emplois. Mais il semble bien que le scénario catastrophe du départ de Matra soit en train de se réaliser.

En 1984, avec le lancement de l'Espace, une période de collaboration fructueuse s'était ouverte entre Matra et Renault. Au fil des années et des différentes versions du modèle, le succès du monospace Matra, commercialisé par Renault, ne s'est jamais démenti et, employant 3000 personnes dans ses usines de Romorantin et Theillay, sans compter deux autres usines d'armement toutes proches, Matra s'est imposé comme le principal employeur de la région.

A l'époque, Matra se posait en bienfaiteur de la Sologne et, jusqu'à dernièrement, les élus locaux ont voulu y croire. Le musée automobile de Romorantin, tout à la gloire de Matra, a été financé par l'argent public, de même que l'achat de terrain pour l'agrandissement de l'usine.

Mais en 1996 Matra et Renault se sont entendus pour mettre un terme à leur partenariat, la future Espace devant être un produit 100 % Renault, fabriqué à l'usine de Sandouville en Seine-Maritime. Les élus et notables de tout bord ont d'abord feint l'ignorance, puis ont commencé à demander des audiences en haut lieu. Les promesses n'ont pas manqué, jusqu'à celle de Chirac au printemps dernier, s'engageant pour que jamais... et le bla-bla-bla de circonstance. Mais on sait que les promesses de Chirac n'engagent que ceux qui les croient !

La survie de l'usine est aujourd'hui compromise car le produit de remplacement de l'Espace, l'Avantime, n'a qu'un succès confidentiel. Ce coupé haut de gamme et hors de prix n'est produit qu'à quelques unités par jour. Un autre modèle qui doit sortir des chaînes, " révolutionnaire " lui aussi, semble promis à un succès tout aussi fracassant... à moins que ce ne soit un leurre, destiné à illusionner tout le monde sur les intentions réelles du groupe Lagardère.

Car le sort de Romorantin et de sa région importe sans doute bien peu aux dirigeants du groupe. L'automobile n'est qu'une des activités de l'empire Lagardère, un des tout premiers groupes d'édition au monde et surtout le premier groupe européen d'armement. Au travers des programmes Airbus, Ariane, des missiles, des avions de chasse, etc., le groupe vit en grande partie aux crochets de l'État. A ce titre, de la part du gouvernement, les moyens de pression sur les choix du groupe seraient pourtant multiples. Mais jusqu'ici, celui-ci n'a pas eu à avoir peur de grand-chose.

Illustration du mépris du trust pour les salariés, les licenciements ont été annoncés au Comité central d'entreprise (CCE) jeudi 24 octobre, le jour même du rachat par Lagardère du pôle édition de Vivendi Universal. Sur un an, ce sont 1 500 emplois qui ont disparu. Suite aux pressions de la direction, 400 personnes sont parties " à l'amiable ". 280 licenciements doivent maintenant être annoncés. Quant aux emplois qui restent, ils sont suspendus à des ventes incertaines.

Malgré cela, au Conseil régional, les élus de gauche et de droite ont montré dernièrement qu'ils étaient encore prêts à mettre la main à la poche (à celle des contribuables en tout cas) pour convaincre Matra de rester (voir LO nE 1787). Pour leur part, les syndicats reprochent à Matra et à Renault de ne pas faire la campagne publicitaire qu'il faudrait pour assurer le succès de l'Avantime (quand ils ne jouent pas les experts pour proposer la conquête du marché automobile asiatique, par exemple).

La manifestation du 30 novembre a certes été un succès. La forte délégation d'élus et de notables, les affichettes de soutien sur les vitrines des commerçants, montrent qu'à l'évidence, si ce sont les ouvriers qui sont les premiers touchés, d'autres catégories sociales sont conscientes qu'elles subiront aussi les conséquences du déclin annoncé. Mais il est certain que, pour faire reculer le groupe Lagardère, les ouvriers et la population ne pourront compter que sur leurs propres forces.

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