Lycée Frédéric-Mistral de Fresnes (94) : Des caméras de surveillance... ou du personnel ?05/12/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/12/une1792.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Lycée Frédéric-Mistral de Fresnes (94) : Des caméras de surveillance... ou du personnel ?

Les médias se sont largement fait l'écho de l'agression survenue lundi 25 novembre au lycée Frédéric-Mistral de Fresnes, dans le Val-de-Marne. Il faut dire qu'elle a eu un caractère particulièrement choquant. Après avoir réussi à s'introduire dans le lycée, deux individus ont fait irruption dans une salle de classe et ont tiré à deux reprises au flash-ball, blessant légèrement un élève. Par chance celui-ci, un jeune de seconde professionnelle, n'a été que légèrement blessé à la pommette. Mais cela aurait pu avoir de bien plus graves conséquences.

Bien évidemment, cet événement a provoqué une grande émotion, aussi bien parmi le personnel que parmi les élèves. Jusque-là le lycée, qui comprend une section générale et une section professionnelle, n'avait jamais connu un acte de violence d'une telle gravité et avait " bonne réputation ", suivant l'expression consacrée.

Pour autant, passé le premier sentiment de surprise, beaucoup, en particulier parmi les enseignants du lycée professionnel, s'accordaient pour dire que " cela devait finir par arriver ". En effet, " bonne réputation " ou pas, tout le monde sentait ces dernières années que les élèves devenaient de plus en durs et les comportements violents étaient de plus en plus fréquents.

La section professionnelle, constituée de classes de BEP et Bac Pro tertiaires, accueille des élèves qui viennent principalement des quartiers populaires de Fresnes, Cachan, Chevilly-Larue, L'Haÿ-les-Roses, des quartiers où, comme dans tous les quartiers populaires, la vie est devenue de plus en plus difficile : parents au chômage, femmes seules qui doivent se débrouiller pour élever leurs enfants avec un petit salaire, bandes qui se livrent à toutes sortes de petits trafics... Bref, toutes les situations que l'on retrouve aujourd'hui dans ces banlieues qualifiées par les médias de " sensibles ", mais qui sont d'abord des banlieues frappées par la crise et ses conséquences.

Et comme dans bien d'autres lycées professionnels, les enseignants doivent se débrouiller comme ils peuvent avec des élèves qui, sans être analphabètes, rencontrent d'énormes difficultés dès qu'il s'agit de lire et d'écrire, avec des élèves en échec scolaire depuis des années et avec certains élèves faisant preuve d'un comportement violent.

Nous nous sommes donc retrouvés en assemblée générale le mercredi suivant pour discuter de ce que nous pouvions faire. Contrairement aux souhaits de l'inspecteur d'académie envoyé par le rectorat, nous n'avions pas envie de minimiser ce qui s'était passé et d'attendre simplement que cela se reproduise.

Quant aux solutions proposées par le ministre délégué à l'Enseignement scolaire, Xavier Darcos, elles ont choqué. Celui-ci a déclaré qu'il fallait équiper les établissements " sensibles " de clôtures et de vidéo-surveillance... La seule préoccupation du gouvernement est d'exploiter l'événement pour faire du cinéma, sans rien proposer de sérieux. En fait de mesures soi-disant " sécuritaires ", les enseignants de Frédéric-Mistral sont bien placés pour savoir qu'elles ne sécurisent rien : le lycée est déjà clôturé et équipé de caméras

De toute façon, aucun d'entre nous n'a envie de voir le lycée se transformer en prison. Nous voulons pouvoir enseigner dans de bonnes conditions, avec un personnel d'encadrement et de surveillance permettant de faire face aux difficultés croissantes. Pour le moment, ce n'est pas le cas. Depuis le début de l'année, l'établissement s'est vu diminuer de 14 heures son volume horaire de surveillance et un emploi-jeune qui a résilié ses fonctions en septembre n'a pas été remplacé. Cela ne peut que s'aggraver encore si le gouvernement parvient à supprimer, comme il en a l'intention, des milliers de postes de surveillants et d'emplois-jeunes.

Alors " l'incident n'est pas clos ". Un rendez-vous a été demandé au recteur pour lui faire connaître nos revendications. Ce genre d'actes de violence risque de se reproduire. À Frédéric-Mistral, comme ailleurs, les caméras et autres équipements électroniques ne peuvent remplacer le personnel qui fait défaut. Imposer les embauches nécessaires, cela peut dépendre de la mobilisation des enseignants et aussi de l'appui qu'ils recevront de toute la population.

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