Le 26 novembre à la SNCF : Les fédérations syndicales unies, mais pour quoi faire ?21/11/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/11/une1790.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Le 26 novembre à la SNCF : Les fédérations syndicales unies, mais pour quoi faire ?

Le président de la SNCF, Gallois, s'est félicité du " choix responsable ", comme il dit, des fédérations syndicales qui, le 26 novembre prochain, n'appellent pas à une grève mais à une manifestation. On a les félicitations qu'on mérite.

Ces fédérations syndicales, qui en ce moment même discutent avec la direction SNCF pour mettre au point un protocole d'accord de prévention des conflits, veulent certainement démontrer leur capacité à réussir une manifestation nationale. Mais elles n'entendent ni préparer, ni organiser la riposte aux attaques contre les cheminots émanant de la direction de la SNCF comme du gouvernement. Pourtant, c'est bien cela qui serait urgent et nécessaire.

Tous ensemble... mais les uns après les autres

Déjà, lors de la journée de grève et de manifestation d'EDF-GDF le 3 octobre dernier, qui fut un succès, les fédérations de cheminots avaient tout fait pour n'envoyer que des délégations soigneusement limitées. Bien des cheminots et des militants ne comprenaient pas pourquoi cette occasion d'être ensemble avec les salariés de l'EDF-GDF, dans la rue, n'était pas saisie alors que les problèmes des uns et des autres étaient comparables.

Pour justifier leur refus de se joindre à la manifestation des électriciens-gaziers, les directions syndicales cheminotes avaient annoncé début octobre la manifestation nationale, à Paris, du... 26 novembre. Les objectifs de cette manifestation - et il était déjà précisé qu'il ne s'agissait pas d'une grève - étaient ainsi définis dans une affichette du 9 octobre, apposée sur tout le réseau SNCF de Paris Sud-Est : " Les fédérations CGT, CFDT, CFTC, FO, Sud Rail, UNSA (syndicat autonome) appellent l'ensemble des cheminots à participer nombreux à cette manifestation (du 26 novembre) pour interpeller le gouvernement et la direction SNCF à partir de leurs responsabilités respectives " sur la défense du service public, la lutte contre les projets de libéralisation du rail en Europe, et " pour des financements publics permettant de moderniser les infrastructures et le matériel ". Mais il n'y avait rien sur les problèmes qui préoccupent les travailleurs du rail depuis des mois, comme le manque d'effectifs ressenti dans tous les secteurs, les salaires et les menaces qui pèsent sur les retraites. Ce n'est que fin octobre-début novembre que commencèrent à apparaître dans quelques tracts les revendications concernant les salaires, les effectifs et les retraites.

Une adresse à Gallois et à Raffarin ?

Comme pour rassurer la direction de la SNCF et du même coup le gouvernement, depuis l'annonce de la journée du 26 novembre les fédérations syndicales insistent sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une grève mais d'une manifestation nationale, et que les arrêts de travail doivent se limiter à ce qui est indispensable pour pouvoir manifester. À part FO, très minoritaire à la SNCF, aucun préavis national de grève n'a été déposé pour couvrir les travailleurs qui voudraient débrayer pour cette journée.

Alors que la CGT possède l'influence et les moyens de donner à cette journée toute son ampleur, les militants cégétistes ont expliqué que les arrêts de travail éventuels ne concernent ni les agents de conduite, ni les contrôleurs, ni les aiguilleurs car, disent-ils souvent sans conviction, il ne faut pas " compromettre la montée des manifestants à Paris ".

Pourtant, bien des cheminots se souviennent de la grève de l'hiver 1995 qui avait mis le plan Juppé sur les retraites en échec, grève qui n'avait empêché personne de manifester, bien au contraire. Et bien peu convaincants apparaissent les arguments qu'on peut lire dans l'un des tracts communs des fédérations syndicales, expliquant qu'" elles attirent l'attention des cheminots directement concernés par la circulation des trains sur le risque d'affaiblissement de la manifestation en cas de non-circulation des trains. Elles invitent ces catégories de cheminots à utiliser les moyens à leur disposition : repos (...), congés pour participer avec l'ensemble des actifs et retraités à cette manifestation ".

En fait, les directions syndicales voudraient réduire la participation des roulants mais aussi de tous les autres cheminots à ceux qui, ce jour-là, seront en repos, en récupération ou décideront de prendre une journée de congé. Heureusement, localement, à l'échelle de syndicats et de sections, des militants ont décidé d'aller au-delà de ces consignes fédérales.

Arrêter l'offensive contre les travailleurs

Pourtant il serait important que cette journée soit un succès. Gallois, avec l'appui du gouvernement, amorce une attaque en règle sur tous les tableaux contre les cheminots. Des discussions sont en cours pour limiter l'exercice du droit de grève en imposant une procédure préalable compliquée et en faisant passer le délai de préavis de cinq à dix jours. On parle aussi de l'ouverture du réseau ferré à la concurrence européenne. Et il y a aussi, dans l'immédiat, une politique d'économies tous azimuts qui empire les conditions de travail dans les ateliers, sur les chantiers, dans les triages, mais aussi pour les contrôleurs et les agents de conduite. Sous prétexte d'un déficit qui, pour les six premiers mois de cette année, s'élèverait à quelque 156 millions d'euros, déficit dont les cheminots ne sont en rien responsables, Gallois a annoncé qu'il bloquait toutes les embauches, qu'il n'était pas question d'augmentations de salaire et que pour les retraites la SNCF payait " des cotisations patronales extrêmement élevées ", invitant en substance le gouvernement à y mettre bon ordre.

Face à une telle offensive, les travailleurs du rail doivent se défendre, refuser la dégradation de leurs conditions de vie et de travail, en mettant en avant leurs revendications, d'embauches en particulier mais aussi de salaires et en interdisant qu'on touche à leurs retraites. Et pour le faire avec efficacité, la manifestation du 26 novembre doit être la plus forte possible, mais elle doit aussi se concevoir comme une étape dans la lutte pour renverser le rapport de forces en faveur des travailleurs.

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