Sarkozy chasse sur les terres de Le Pen01/11/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/11/une1787.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Sarkozy chasse sur les terres de Le Pen

Difficile d'échapper à Sarkozy et à sa police... du moins à la télévision et dans les media. Pas un jour sans une visite du ministre de l'Intérieur " sur le terrain ", avec une horde de gardes du corps et de journalistes à ses trousses.

En fait, à Strasbourg, où 44 voitures avaient été incendiées après la mort d'un jeune de la cité, Sarkozy a promis 1000 euros aux propriétaires des véhicules. Même pas de quoi remplacer leur voiture et beaucoup moins que ce que vont toucher, grâce aux mesures fiscales du gouvernement, les milliers de bourgeois qui emploient des domestiques à leur domicile .

Les reportages s'extasiaient aussi sur le fait qu'il ait aussi promis 30 policiers supplémentaires dans la ville, qui en compte déjà 700. Mais dans le lycée voisin de la cité, où a eu lieu l'explosion d'une bombe artisanale, le nombre de surveillants, lui, va baisser, comme dans la plupart des établissements scolaires, avec la suppression programmée de 5000 surveillants et des emploi-jeunes. Ce gouvernement remplace des surveillants et les éducateurs par des policiers, comme demain il remplacera des écoles par des prisons.

Sarkozy s'autoproclame le défenseur de " la France des oubliés " en rappelant que l'insécurité frappe d'abord les plus modestes. Et il ironise sur " les intellectuels qui n'ont aucune idée des conditions de vie réelles dans les quartiers les plus populaires " et " tous les droits-de-l'hommistes de la création qui passent Porte de Saint-Ouen en disant " Mon dieu les pauvres " et s'en vont dîner en ville. "

Venant de Sarkozy, soudain érigé en défenseur des pauvres, cela ressemble à une mauvaise plaisanterie. Les dîners en ville ou dans les villas de Neuilly, dont il était le maire avant de devenir ministre, Sarkozy en a l'habitude, en particulier avec ces grands patrons et autres milliardaires qui habitent ce ghetto pour riches.

Mais les pauvres, il les aime... loin de chez lui. Le DAL a relevé qu'il n'y a que 1 000 logements sociaux à Neuilly sur 30 000 logements, c'est-à-dire 3 %, alors que la loi oblige les communes à 20 % de logements sociaux sous peine de sanctions financières.

Si Sarkozy voulait s'attaquer à la pauvreté, à la misère, et aussi à l'insécurité qui en découle, lui et son gouvernement s'en prendraient à ces licenciements massifs qui frappent des centaines de milliers de travailleurs et plongent des familles, des quartiers et quelquefois des villes entières dans le dénuement. Et en ce moment, cette vague de licenciements a pris une telle ampleur que la presse a fini par s'en émouvoir, citant des chiffres impressionnants. Il utiliserait l'arme du budget pour réduire les inégalités sociales. Mais son gouvernement veut au contraire faciliter encore les procédures de licenciements et ses largesses fiscales, il les réserve aux tranches supérieures de l'impôt sur la fortune.

Avec son projet de loi de sécurité intérieure, le gouvernement criminalise ceux qui sont au plus bas de l'échelle sociale.

Tout ce que Sarkozy offre aux pauvres, aux " oubliés " comme il dit, c'est la perspective de s'en prendre à encore plus pauvres qu'eux, plus faibles qu'eux, et souvent étrangers, en les menaçant de prison et d'expulsion. Il ne propose pas à la " France d'en bas " de s'en sortir en demandant aux quelques milliers de personnages de la France d'en haut de partager leur fortune, mais il propose d'écraser encore davantage ceux qui sont plus bas que tout.

Il reprend à son compte, avec les mêmes mots, les idées et la démagogie du Front National. Comme lui, il fait de ces catégories de pauvres, des boucs émissaires chargés de tous les maux.

A vrai dire, au-delà de la campagne personnelle de Sarkozy, qui, c'est visible, est motivée par sa propre ambition, le véritable objectif de cette opération est d'empêcher la fuite des électeurs de droite vers l'extrême droite. Sarkozy et Chirac combattent Le Pen en faisant du Le Pen à sa place.

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