Éducation nationale : La grève du 17/10, un succès. Et la suite ?25/10/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/10/une1786.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans l'enseignement

Éducation nationale : La grève du 17/10, un succès. Et la suite ?

La grève de l'Éducation nationale, le 17 octobre, a été un succès. Plus de 60 % de grévistes, des dizaines de milliers de manifestants à Paris et en province. Mais maintenant que les enseignants et les autres catégories de personnel de l'Éducation nationale ont répondu présent à l'appel des syndicats, la question des suites à donner à cette journée est posée. Car le gouvernement, lui, n'a pas l'intention de bouger.

La réussite de cette journée montre que le personnel de l'Éducation nationale est inquiet et mécontent. Les surveillants et les emplois-jeunes ont, dans beaucoup d'endroits, fait grève massivement. Les uns et les autres ignorent ce qu'ils vont devenir. Pourtant les échéances concernant leur avenir sont proches. Les 20 000 emplois-jeunes dont les contrats arrivent à expiration en 2003 vont être renvoyés à l'ANPE, et les surveillants ne savent pas ce qu'il adviendra d'eux l'an prochain, puisque l'on parle de les remplacer par des mères de famille ou des retraités. Dans les établissements scolaires, chacun peut voir que le départ de tous ces collègues se traduira dans les années qui viennent par une profonde dégradation des conditions d'encadrement et d'éducation des élèves, qui se répercutera sur le personnel restant. D'autant que le gouvernement se refuse à recruter les enseignants qui seraient nécessaires.

Les menaces de décentralisation inquiètent également. Bien des grévistes y perçoivent à juste titre une menace accrue, de mainmise du patronat local sur l'enseignement et de clientélisme auprès de petits notables locaux. Ils craignent que ne s'accentue encore l'inégalité au détriment des zones les moins avantagées, et que tout cela ne débouche sur des conditions de travail encore pires. C'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle les personnels ATOSS, ceux qui assurent l'entretien, la cantine et les tâches administratives, étaient également fortement mobilisés. Ils sont depuis des années visés par les conséquences de cette décentralisation.

La précarité dans laquelle se trouvent les nombreux contractuels, vacataires, CES, a également fortement incité à la grève. Par-delà ces raisons propres à l'Éducation nationale, il y a l'inquiétude sur les projets plus généraux de Chirac et de Raffarin, les attaques contre les retraites en particulier, dont chacun sait qu'elles sont programmées pour bientôt.

Alors, quelle suite donner pour que la protestation se développe et permette d'imposer au gouvernement qu'il remise ses projets ? Le principal syndicat dans les lycées et collèges, le SNES, a déclaré qu'il faudrait envisager de poursuivre l'action " si le gouvernement reste sourd ". Le " si " n'est pas de mise. Au soir de la manifestation le gouvernement a choisi de minimiser le mouvement, pas de lui donner satisfaction. La poursuite de l'action est donc à l'ordre du jour, si l'on ne veut pas que ce 17 octobre soit une de ces journées sans lendemain qui découragent plus qu'elles ne mobilisent.

Cette action, pour peser sur le gouvernement, devrait converger avec celle d'autres catégories de travailleurs. Les réticences des responsables syndicaux sont connues. Aussi, une journée est prévue chez les cheminots le 26 novembre. La logique voudrait que les autres catégories s'y associent. Mais les syndicats d'enseignants semblent écarter cette hypothèse, sous prétexte qu'il ne faudrait pas que les revendications de l'Éducation nationale soient noyées parmi celles des cheminots. Et d'ailleurs, ajoutent-ils, ces cheminots et leurs syndicats verraient-ils d'un bon il ce ralliement à leur journée ?

Ces arguments sont en fait des alibis qui pèsent peu face à la réalité. Le gouvernement regarde tranquillement passer les journées d'action qui se succèdent, l'Éducation nationale après l'EDF et avant les cheminots. Il attend simplement que le calendrier compliqué concocté par les confédérations syndicales touche à son terme, sans reculer d'un pouce nulle part. La seule menace susceptible de le faire reculer serait la convergence des mécontentements suscités par sa politique dans tous les secteurs. C'est dans ce sens qu'il faut préparer les esprits partout.

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