SNCF : Pour direction et gouvernants, service minimum = pas de grève11/10/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/10/une1784.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

SNCF : Pour direction et gouvernants, service minimum = pas de grève

La direction de la SNCF vient de soumettre aux organisations syndicales un protocole d'accord sur " l'amélioration du dialogue social et la prévention des conflits à la SNCF ". Elles devraient rendre leur avis fin octobre.

La " prévention des conflits ", ou plutôt " comment interdire toute grève ", voilà bien un vieux rêve de la direction et du gouvernement, et même de tous les patrons, du public comme du privé.

Bien avant le retour de la droite au gouvernement, Gallois, le président chevènementiste de la SNCF, s'était préoccupé du sujet et avait engagé des discussions avec les organisations syndicales. À peine nommé Premier ministre, Raffarin a relancé l'affaire et exprimé, dans son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale, sa volonté de mettre en place un " service garanti " dans les transports publics. Les grèves à la SNCF étaient particulièrement visées. En juin, le secrétaire d'État aux Transports, Dominique Bussereau, reprenait l'idée en déclarant d'un ton ferme que l'engagement de Chirac, durant sa campagne, sur un service garanti, serait respecté coûte que coûte et que, si la discussion avec les syndicats ne suffisait pas, on verrait ce qu'on verrait : le gouvernement irait jusqu'à faire passer une loi sur le sujet. Mais il lui resterait encore à la faire respecter... ce dont Bussereau ne parlait évidemment pas.

Malgré leurs déclarations, la SNCF comme le gouvernement restent quand même prudents dans cette affaire. Ils savent pertinemment que les cheminots, comme bien d'autres travailleurs des services publics, ne sont pas prêts à accepter ce qu'on voudrait leur imposer. A la SNCF, il existe déjà un préavis de grève légal, de cinq jours pleins, avant de pouvoir se mettre en grève. Des rencontres et discussions avec les responsables de la direction sont prévues dans le cadre de ces journées. Parfois, elles évitent la grève, parfois pas. Mais même s'il est aujourd'hui question de passer ce préavis de cinq à dix jours, ce qui serait déjà une aggravation de la limitation du droit pur et simple d'arrêter le travail quand la direction fait la sourde oreille à des revendications, l'enjeu des manoeuvres engagées aujourd'hui va au-delà d'un simple réaménagement du droit de grève dans les services publics, et à la SNCF en particulier.

Direction et gouvernement ont des objectifs de rentabilité et, à terme, de privatisation, au moins partielle, de la SNCF. Dans cette perspective, la " conflictualité ", comme ils disent, dont les cheminots témoignent, malgré le préavis imposé à toute grève, est gênante. Ils voudraient bien arriver à la maîtriser, sans savoir cependant comment faire, car il ne suffit pas de rencontrer les fédérations syndicales, ni même d'obtenir leur accord, pour s'assurer " la paix sociale ".

Tout le débat qui s'engage sur ce prétendu " service minimum " vise à faire pression sur les cheminots pour les décourager de débrayer quand ils pensent que c'est nécessaire. Car, sauf dans des mouvements importants comme celui de décembre 1995, il existe déjà un service minimum les jours de grève. Chaque usager le sait parfaitement. Les trains sont moins nombreux ; on les attend longtemps ; mais il y a des trains. Mais en fait la direction et les gouvernants voudraient que la grève ne se voie pas, qu'elle n'ait aucune incidence sur la circulation des trains, sur le fonctionnement de la SNCF en général, bref, qu'il n'y ait pas grève du tout, sinon symboliquement.

Mais là, ils rêvent un maximum !

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