Whirlpool-Amiens : En grève contre les licenciements20/09/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/09/une1781.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Whirlpool-Amiens : En grève contre les licenciements

Il y a cinq mois, les actionnaires du numéro un mondial du gros électroménager déclaraient que le secteur lave-linge de l'usine d'Amiens ne rapportait pas suffisamment de profit. Seule la chaîne de production des sèche-linge serait conservée. Trois cent soixante suppressions d'emplois étaient annoncées.

Depuis, la direction a multiplié les pressions sur les salariés, dépêchant un haut cadre spécialiste des restructurations. Elle a fait intervenir des huissiers sur chaque poste de travail afin de constater la baisse de production depuis l'annonce des licenciements. Elle a aussi exercé un chantage sur certains délégués syndicaux qui, du coup, sont allés dans les ateliers expliquer qu'il fallait que la production reste optimum, sans quoi la direction refuserait d'entamer des négociations sur les primes de départ.

Le ralentissement considérable de la production s'est néanmoins maintenu. La grève, elle, a débuté mercredi 11 septembre à l'annonce des propositions du plan dit " social ". La direction propose une prime de départ de 3 000 euros et 500 euros par année d'ancienneté. Pour un travailleur ayant dix ans d'usine, cela représente à peine 8 000 euros (environ 52 000 F).

C'est à l'initiative d'un groupe d'ouvriers que la grève a éclaté et que le mouvement s'est rapidement étendu à l'ensemble des chaînes montage, tant des lave-linge que des sèche-linge.

Les salariés - hormis les intérimaires - ont ensuite bloqué la route nationale qui passe devant l'usine. Le mouvement reconduit le lendemain était cette fois-ci soutenu par l'intersyndicale. Certains délégués ne cachaient néanmoins pas leur appréhension pour toute cette " pagaille " qui les fait apparaître aux yeux de la direction comme peu capables de tenir leurs troupes.

Plusieurs centaines de grévistes ont défilé en ville avec comme slogan : " Chô-chô-chômage on n'en veut pas " et " Whirlpool, la classe ouvrière va te botter le cul ". Devant l'hôtel de ville, ils ont interpellé Gilles de Robien, ex-maire d'Amiens et actuel ministre. Mais concernant les ouvriers, celui-ci n'a pas témoigné le même empressement à répondre que lorsque les patrons de Whirlpool l'avaient sollicité pour des subventions.

La grève a été reconduite en début de semaine suivante. Les travailleurs réclament 18 000 euros de prime de licenciement pour tous en plus des 500 euros par année d'ancienneté. Beaucoup de grévistes expriment leur rejet à l'encontre du projet de fermeture complète du site envisagé par la direction dans les années à venir.

Le total des indemnités de licenciement proposées par la direction représente une misère comparé aux 68 millions d'euros de subventions publiques données au site amiénois, et encore moins comparé aux 147 millions de dollars de bénéfices réalisés par la multinationale au premier semestre de cette année.

Les patrons ont largement les moyens de maintenir les emplois à condition de réduire leur appétit de profits. Pour cela, il faudrait que la lutte des grévistes de Whirlpool s'étende, qu'ils soient rejoints par un maximum de travailleurs d'entreprises menacées à court ou à long terme (et tous les salariés le sont) par les licenciements. Car Whirlpool a été précédé de nombreuses suppressions d'emplois à Amiens et dans la région (comme ailleurs). Et si l'on se fie à la voracité des patrons, ça n'est malheureusement pas fini, si les travailleurs n'y mettent pas un coup d'arrêt.

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