Stocamine (Haut-Rhin) : Incendie sur le site de stockage de déchets20/09/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/09/une1781.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Stocamine (Haut-Rhin) : Incendie sur le site de stockage de déchets

Dans la nuit de lundi à mardi 10 septembre 2002, à Wittelsheim, un incendie s'est produit à 535 mètres sous terre sur le site de stockage de déchets ultimes de Stocamine - société privée initiée par la maison mère des Mines de potasse d'Alsace, EMC, qui dépend de l'État. A ce jour l'incendie que les pompiers ont essayé de confiner n'est toujours pas éteint.

De ce fait les 27 salariés de Stocamine mais aussi l'ensemble des mineurs des Mines de potasse d'Alsace (MDPA) ne travaillent plus, puisque les galeries où sont stockés les déchets " ultimes " sont toujours en contact avec les galeries du puits Amélie, dernier puits de potasse encore en activité. Ce sont des mineurs de potasse qui ont décelé les fumées, alors que la direction de Stocamine affirmait que l'aérage des galeries de Stocamine était indépendant de celui des MDPA.

Les mineurs et les riverains ont de quoi être inquiets car Stocamine stocke aussi bien des déchets d'amiante, d'arsenic, de cyanure que d'autres déchets ultimes dont on ne connaît pas la composition. Stocamine se déclare incapable de dire - ou ne veut pas dire - ce qui est stocké à l'endroit de l'incendie sur 1 500 m² et sur 2 m de haut. Déjà en juillet 2001, la direction de Stocamine avait dû remonter un stockage illicite de pyralène suite à une grève de mineurs.

Les mineurs qui ont donné l'alerte et qui sont immédiatement remontés sont inquiets puisque, bien qu'on leur ait fait une prise de sang, l'hôpital ne sait pas ce qu'il faut essayer de déceler, faute de savoir à quoi ces salariés ont été exposés. Les écoles avoisinantes ont été fermées deux jours et les habitants qui sont nombreux aux alentours du puits, ont été informés qu'il fallait laver les légumes du jardin avant de les consommer !

Mais des mesures de dioxyde de soufre effectuées au puits de sortie n'ayant rien révélé d'alarmant, le préfet, les directions de Stocamine et des MDPA font des déclarations rassurantes, tout en avouant que même en analysant les poussières rejetées par le puits, on ne pourra savoir ce qui brûle avant plusieurs jours. En attendant, des pompiers spécialisés ont confiné l'incendie, espérant qu'il s'éteindra de lui-même, en élevant des murs de sel de part et d'autre des galeries.

Mais il faut savoir que ces murs seraient une protection dérisoire si un coup de grisou se produisait comme cela s'est produit dans la mine voisine d'Amélie en 1998. Bien sûr, la réputation du puits Joseph-Else n'est pas au grisou et Stocamine assure qu'il n'y a aucun risque. Mais elle assurait aussi qu'il n'y avait aucun lien entre les systèmes d'aérage des deux puits comme elle certifiait au début de l'incendie qu'il n'y avait pas à s'inquiéter puisqu'il ne s'agissait selon elle que d'un feu de palettes. On peut juger du sérieux de l'entreprise quand on sait qu'aucun système de détection de fumée ou de lutte contre l'incendie n'avait été installé et qu'aucune surveillance n'était prévue.

Par ailleurs, la direction des MDPA ne s'est pas montrée plus sérieuse dans sa manière de constituer des équipes de sauveteurs afin d'éteindre l'incendie. Des mineurs ont été envoyés au contact des fumées et des gaz sans qu'on vérifie si leur équipement était approprié pour ce type d'intervention. Ils n'avaient pas de combinaison étanche et plusieurs de ces sauveteurs ont eu une réaction allergique cutanée. Du coup, comme l'ensemble des mineurs dès le premier jour de l'incendie, ils refusent maintenant de descendre au fond de la mine.

En attendant, la direction des mines s'est engagée, jusqu'à ce jour au moins, à payer les salaires complets à tous. Il faut dire que les mineurs ne sont pas très inquiets quant à leur avenir, la production de potasse devant s'arrêter en mai 2003, et les mineurs bénéficiant de mesures de préretraite. Par contre pour les salariés de Stocamine, le flou le plus total règne sur leur avenir.

La CGT des MDPA a porté plainte contre X pour mise en danger d'autrui et se prononce pour qu'aucune conséquence financière ou professionnelle ne soit supportée par les salariés. Elle demande aussi un contrôle public par les salariés et la population de Stocamine et de la gestion des déchets. Le préfet somme toujours Stocamine - mais sans grand résultat - de donner la liste des produits qui brûlent et le maire de Wittelsheim, hostile au stockage, organise des réunions publiques pour la fermeture du site.

Quoi qu'il en soit, cet incendie montre bien qu'on ne peut pas faire confiance à une entreprise dont le seul but est de faire des profits avec des déchets dangereux, au mépris de la sécurité des salariés et de la population environnante.

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