Largement de quoi se mettre en colère20/09/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/09/une1781.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans l'enseignement

Largement de quoi se mettre en colère

Le Snes, principal syndicat enseignant pour les lycées et les collèges, prévoit une grève le 24 septembre contre la suppression de 5 600 postes de surveillants et la disparition de 18 000 emplois d'aides-éducateurs. Ce jour-là est prévue une rencontre entre le Premier ministre Raffarin, les recteurs et les responsables de l'Éducation nationale au niveau académique. Le Snes envisage par ailleurs une grève mi-octobre pour les collèges et les lycées. Des lycées n'ont cependant pas attendu ces échéances syndicales pour se mettre en grève. En effet, les raisons d'être en colère ne manquent pas.

Chaque année, il y a des suppressions de classes, en particulier dans l'enseignement primaire. Il y a des classes surchargées, aussi bien dans le primaire que dans le secondaire. Il y a des classes sans enseignants et des enseignants sans poste et surtout des personnels précaires embauchés pour boucher les trous. En fait, depuis des années, les moyens restent insuffisants. Mais, pour cette rentrée, le ministre de l'Éducation nationale Luc Ferry et le Premier ministre Raffarin prévoient d'ores et déjà de faire des économies sur le budget de l'Éducation (et pas sur celui de l'armée). Et cela a de quoi inquiéter.

Le gouvernement annonce une " baisse nette " du nombre de fonctionnaires dès 2003 (moins 1619 postes en 2003). Les ministères de la Sécurité, de la Justice, de la Défense verront leurs effectifs augmenter. Pour compenser, d'autres ministères doivent rendre des postes, dont celui de l'Éducation nationale. Pour pouvoir baisser les impôts des riches et distribuer aux patrons les cadeaux fiscaux prévus par Raffarin, on fera des économies sur des activités pourtant fondamentales pour la population, pour les jeunes des classes populaires, à savoir l'Éducation. Les 5 600 postes de surveillants et de maîtres d'internat (MI/SE) supprimés sur 41 000 constituent la plus forte réduction jamais annoncée, sans compter celle, progressive mais prochaine, des emplois-jeunes dont les contrats arrivent à échéance.

Pour ce qui est du recrutement d'enseignants, le silence est pour l'instant total sur la tranche de 1000 emplois que la loi de programmation de Lang, précédent ministre socialiste de l'Éducation nationale, prévoyait de créer dans les lycées et les collèges. Ces mesures ne permettaient pas de remplacer tous les départs à la retraite (plus de 40 % des enseignants, en effet, partiront en retraite avant 2010). Alors s'il se vérifie que le gouvernement de Raffarin-Ferry, comme il y a tout lieu de le craindre, ne crée même pas ces emplois, ne cherche pas à remplacer tous les enseignants qui partent à la retraite, la situation deviendra encore plus catastrophique.

D'autant qu'il y a des milliers d'enseignants et de personnels de service qui sont embauchés comme contractuels, et qui peuvent donc être licenciés à tout moment, comme tous les salariés précaires. En Seine-Saint-Denis, 600 enseignants non titulaires ne sont toujours pas affectés, et il ne serait prévu que d'en reprendre 200.

Comme tous les ministres de l'Éducation nationale quand ils cherchent à justifier des économies, Luc Ferry justifie les siennes par le très classique argument de la diminution des effectifs d'élèves dans certains niveaux. Mais les chiffres du ministère eux-mêmes montrent que cette régression ne concernera en moyenne qu'un dixième d'élève par division.

Or cette question ne se pose pas qu'en termes arithmétiques. L'illettrisme est une réalité que déplorent les ministres successifs, mais ça n'est pas en réduisant les effectifs, mais au contraire en les augmentant autant que nécessaire, qu'on y remédiera.

D'après le Snes, ne serait-ce que pour que les classes ne dépassent pas 20 élèves dans les établissements les plus difficiles du secondaire, il faudrait créer 4 300 postes. Alors pour que les effectifs diminuent dans toutes les classes, et que les jeunes puissent apprendre dans de bonnes conditions, ce sont des dizaines de milliers de postes qu'il faudrait créer. Des postes d'enseignants, mais aussi de surveillants, d'infirmiers, de personnels de service, tout aussi indispensables au fonctionnement d'un établissement scolaire.

Des lycées sont en grève pour protester contre l'augmentation des effectifs dans les classes, en Seine-Saint-Denis par exemple, où la quasi-totalité des effectifs sont de plus de 30 par classe, dépassant parfois 35 élèves. Des pressions s'exercent sur les proviseurs pour bourrer certaines classes, même celles situées dans ces zones dites sensibles. Les recteurs ferment des sections, et ensuite font pression pour faire accepter des élèves qui, du coup, n'ont pas de place, et qui doivent souvent faire un vrai parcours du combattant pour en obtenir une.

La politique d'économie sur le dos de l'Éducation ne date pas du gouvernement actuel. Ces problèmes existent à un degré ou à un autre à chaque rentrée. Mais chacune des décisions gouvernementales qui constituent un pas en arrière supplémentaire aggrave encore les conditions de travail des enseignants et de tout le personnel de l'Éducation, et surtout aggrave les conditions d'accès à la connaissance des jeunes.

Les enseignants se souviennent des semaines de grève qui ont été nécessaires sous le ministre de Jospin Allègre pour obtenir quelques moyens supplémentaires. Il serait plus que nécessaire de ressortir pancartes et banderoles contre Ferry pour empêcher que la situation ne se dégrade encore plus.

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