Irak : On prépare les esprits à une guerre20/09/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/09/une1781.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Irak : On prépare les esprits à une guerre

" On est toujours trahi par les siens ", a dû se dire Chirac, en voyant trois députés de sa majorité aller visiter sur place des installations irakiennes dénoncées par les États-Unis comme des lieux où pourrait être fabriquée l'arme nucléaire. Le gouvernement irakien a eu beau jeu de montrer qu'il n'en était rien, devant témoins en quelque sorte. Cette initiative, somme toute banale pour des députés, a donc été dénoncée par les ténors de la droite, car elle contribue à fissurer le raisonnement sur lequel s'appuient les va-t-en-guerre américains et français qui continuent à préparer une intervention armée.

Les installations nucléaires irakiennes ont été détruites à deux reprises. Une première fois en 1981 par l'aviation israélienne, une seconde fois dix ans plus tard lors de la guerre du Golfe. Mais l'expulsion des inspecteurs de l'ONU en 1998 par les autorités irakiennes permet de suggérer aujourd'hui que la menace que ferait peser l'Irak n'est pas que virtuelle.

L'acceptation du retour des inspecteurs de l'ONU par Saddam Hussein n'a pourtant pas modifié l'humeur belliqueuse du camp des va-t-en-guerre. Côté français, aux côtés des principaux représentants de la droite, quelques ténors de la gauche affichent aussi leur solidarité avec une éventuelle intervention américaine et dénoncent le voyage des trois députés français en Irak. Ainsi, François Hollande, au nom du Parti Socialiste, s'est demandé d'où avait pu germer cette initiative des trois députés. Mamère (Verts) s'est exclamé : " Chaque fois que Saddam Hussein est menacé, il trouve des complaisances ".

Mais la palme revient à Kouchner qui trouve la position de Bush " claire et convaincante ", et celle de Chirac, prêt à se joindre à Bush, " excellente ". Pour lui, dans ce cas, " une guerre préventive est une notion qui (...) paraît non seulement très juste mais qui s'approche de ce que, avec d'autres, nous avons proposé comme devoir, puis droit d'ingérence ". Qu'on se rassure, Kouchner n'a pas vraiment l'intention de faire le ménage de tous les dictateurs qui peuplent la planète, et dont la grande majorité sont cajolés par les grandes puissances, comme Saddam Hussein l'était d'ailleurs dans le passé.

Tout cela contribue à préparer l'opinion à une éventuelle intervention américaine contre l'Irak, que Bush et son administration décideront ou pas, mais qui sert surtout aujourd'hui à renforcer la position de Bush aux États-Unis même.

Ne serait-ce que pour cette raison la campagne contre Saddam Hussein n'est pas prête de cesser.

Jeudi 12 septembre, Bush a invité l'assemblée des Nations unies à agir de façon décisive contre l'Irak, accusant le gouvernement irakien d'être totalement complice du dragon du terrorisme contre lequel l'archange Bush s'est dressé. Cela est d'autant plus ridicule que les mouvements islamistes les plus radicaux ne portent pas Saddam Hussein dans leur coeur, l'accusant d'avoir mis en place un régime laïque. Et de toute façon l'objectif est bien difficile à atteindre quand on sait que l'Espagne n'arrive pas à venir à bout du terrorisme basque, la Grande-Bretagne du terrorisme irlandais, Arafat du terrorisme palestinien... ou la France du terrorisme corse !

Le compte à rebours vers la guerre a-t-il déjà commencé ? Pour l'heure, les cinq membres du Conseil de sécurité de l'ONU, qui par ailleurs ont pu faire état de divergences, ont fait savoir au président américain qu'ils accueillent favorablement sa recommandation de fixer une date butoir à l'Irak.

Maintenant voyons si les États-Unis joindront le geste à la parole et, dans ce cas, s'ils envahiront, avec plus ou moins de bonheur, l'Irak. A moins qu'ils ne se contentent d'écraser les villes et la population irakiennes, sous des bombardements... terroristes.

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