La rentrée sociale...ils la préféreraient plutôt tiède12/07/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/07/une1772.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

La rentrée sociale...ils la préféreraient plutôt tiède

Les projets de Raffarin en matière de retraites sont clairs : la remise en cause du système actuel et le développement des fonds de pension pour ceux qui en auront les moyens. Si le calendrier reste quelque peu incertain, le souvenir cuisant de Juppé face à une réaction d'ampleur en novembre et décembre 95 y est sans doute pour quelque chose, incitant le nouveau Premier ministre à une certaine prudence. D'où la tactique consistant d'une part à attendre une période de moindre concurrence entre confédérations syndicales, après que les élections prud'homales de décembre 2002 soient passées ; d'autre part à saucissonner le problème, pour amener les syndicats à discuter sur des projets échelonnés dans le temps, spécifiques au public ou au privé, à la branche ou au type d'activité, etc.

Que répondent les confédérations syndicales ?

Pour la CFDT c'est sans surprise. Elle avait soutenu le plan Juppé en 95, elle est toujours d'accord - elle l'a redit à l'occasion de son dernier congrès - pour l'alignement à 40 annuités de cotisation des travailleurs du public sur le privé ; elle a été la première à accepter " l'épargne salariale " ; elle est disponible pour toute négociation prétendument destinée à " sauver le régime des retraites ", avec le patronat ou avec le gouvernement.

F.O. s'est prononcée contre les fonds de pension, et elle a même été la seule à refuser de siéger dans le comité de contrôle de l'épargne salariale constitué par les autres centrales syndicales. Marc Blondel a récemment brandi la menace d'une grève générale en cas de remise en cause de la retraite du secteur public et son alignement par le bas sur le privé. Mais une grève générale ça se prépare. Et surtout ça demande d'y préparer les travailleurs par une propagande et des propositions d'action aux autres organisations. Ou alors ce ne sont que rodomontades.

Pour la CGT, les déclarations de Bernard Thibault, dans un interview donné au Figaro le 1er juillet dernier, ont de quoi faire douter - pour le moins - de la volonté de la confédération de se battre avec acharnement contre les projets du gouvernement.

" Nous ne sommes pas pour la sauvegarde de l'acquis comme s'il n'y avait pas de problème " a-t-il répondu. Ajoutant : " Nous ne nions pas la réalité du problème des retraites (...) On doit renégocier le système mais pas sur des petits morceaux ou en envisageant des formules qui laisseraient croire par exemple, au hasard, qu'en alignant la durée de cotisations de fonctionnaires sur celles du privé on a résolu le problème de l'avenir des retraites (...) Il faut qu'on négocie sur l'ensemble de la problématique : durée de cotisation, mécanisme ouvrant aux droits, niveau des retraites. "

Quant aux fonds de pensions, si la CGT en a dénoncé le principe, elle a néanmoins accepté de faire partie du comité de contrôle pour " maîtriser et encadrer l'épargne salariale qui ne doit pas venir concurrencer le salaire et la retraite. " Contre les fonds de pension en somme, mais s'il y a des places à prendre pour en discuter, la CGT répond présent...

La confédération CGT ne voudrait cependant pas laisser croire qu'elle va rester inactive face aux menaces sur la retraite. Le CCN dans un document récent, informe de sa décision d'appeler à " deux jours d'initiatives d'actions, coordonnées interprofessionnellement les 25 et 26 septembre 2002 visant à rassembler 40 000 salariés à travers la France (...) La forme décentralisée et interprofessionnelle correspond au niveau de mobilisation que nous pouvons pour le moment viser. "

Si c'est un début, force est de constater que ce n'est vraiment qu'un tout petit début... Qui risque d'ailleurs de ne même pas se voir, à part dans quelques tracts ou quelques circulaires réservées aux militants. Quelques délégués par-ci par-là, se rassemblant à l'union locale ou ailleurs dans quelques centaines de villes, en heures de délégation, ça peut toujours faire 40 000 salariés...

Si la CGT ne peut pas viser mieux au niveau mobilisation sur un problème que ce gouvernement - comme les précédents d'ailleurs - considère comme explosif, c'est soit à désespérer du syndicalisme, soit à constater que les ambitions des dirigeants confédéraux ne dépassent pas pour l'essentiel la volonté de se retrouver assis autour du tapis vert avec le gouvernement et les patrons, finalement tout comme la CFDT.

Si pour préparer une véritable lutte, capable de faire remballer au gouvernement ses projets, il faut s'en remettre aux seules initiatives des confédération syndicales, les travailleurs peuvent attendre longtemps. Bien sûr, si le mécontentement et la volonté d'action montent sans que les directions syndicales y aient vraiment poussé, nul doute qu'elles feront alors ce qu'il faut pour encadrer le mouvement et le calmer. Et comme d'habitude, elles s'en serviront comme faire-valoir auprès du patronat et du gouvernement.

C'est bien pourquoi, les militants et les organisations d'extrême-gauche ne peuvent se contenter d'attendre leurs initiatives, ni laisser croire qu'elles ont la volonté de mener une lutte à la hauteur des enjeux. Et c'est aussi pourquoi encore l'extrême gauche doit elle-même s'adresser aux militants et aux travailleurs en même temps qu'aux dirigeants des confédérations syndicales et aux partis qui disent se placer sur le terrain de la défense des intérêts des travailleurs, en faisant des propositions d'action pour des objectifs précis (37,5 ans pour tous, maintien du système par répartition et du niveau des pensions, par exemple) et non pas des négociations.

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