En marge de la faillite de la société ENRON : Andersen jugé coupable20/06/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/06/une1769.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

En marge de la faillite de la société ENRON : Andersen jugé coupable

Dans le procès qui opposait la justice américaine à la société Andersen, le cabinet d'affaires dont l'expertise était censée garantir la valeur boursière de la société de courtage en électricité Enron, déclarée en faillite depuis et elle même dans l'attente d'un procès, il a fallu dix jours à douze jurés texans pour décider que la firme était bien coupable d'avoir dissimulé des preuves à la justice. Andersen ne pourra donc plus exercer. Mais c'est le moins que l'Etat américain pouvait faire dans une affaire où la réputation du président des Etats-Unis Bush est engagée, dans la mesure où ses liens avec les dirigeants d'Enron étaient connus.

La société Enron, la septième compagnie des Etats-Unis, a été déclarée en faillite le 2 décembre 2001. La valeur de son titre boursier s'est effondrée, et avec elle le fonds de pension des salariés d'Enron, qui ont ainsi perdu leur emploi et une grande partie de leur retraite. De son côté, la société Andersen, rémunérée par Enron, était censée garantir la valeur du titre. Mais on s'est aperçu qu'en fournisseur dévoué de " services aux entreprises ", elle avait été complice des dirigeants d'Enron, les aidant à négocier eux-mêmes avant la chute les titres encore en leur possession. Les dirigeants d'Enron s'étaient ainsi partagé 680 millions de dollars au comptant et en titres entre 140 hauts cadres dirigeants. Chacun avait ainsi empoché 4,8 millions de dollars en moyenne tandis qu'aux salariés, qui eux n'avaient pas le droit de vendre les titres en leur possession, il n'allait bientôt plus rester que leurs yeux pour pleurer.

Dans ce procès, la société Andersen était poursuivie pour " obstruction à la justice ". En effet, alors qu'une enquête était en cours pour établir si Enron et Andersen n'avaient pas manoeuvré pour maintenir artificiellement la valeur du titre, on a appris qu'Andersen s'est mis brusquement à déchiqueter une tonne et demie de documents par jour, au lieu des 35 kilos habituellement " moulinés " dans l'année !

Une partie de ces détails est connue parce qu'un haut cadre de la société Andersen a choisi, pour sauver sa tête, de collaborer avec la justice. Il s'en sort bien, car dans leur verdict les jurés ont nommément désigné une de ses collaboratrices comme la responsable de la destruction. Passer la patate chaude, c'est tout un art.

En réalité, les faits reprochés à Andersen ne sont pas si exceptionnels. Cette société elle-même avait déjà à son actif depuis 1993 deux affaires de dissimulation de preuves. Mais, dans l'affaire de la faillite d'Enron, alors que les liens entre Kenneth Lay, l'ex-PDG d'Enron, et la famille Bush étaient de notoriété publique, il était difficile de passer l'éponge sur les dissimulations de preuves d'Andersen, sans risque de placer Bush en plus mauvaise situation quand commencera le procès des dirigeants d'Enron.

Personne, dans les milieux d'affaires, ne se faisait d'illusions sur le sort d'Andersen. Ses principaux concurrents avaient déjà commencé à se partager les dépouilles, et les clients, d'un empire qui comptait 85 000 salariés dans 84 pays, et réalisait plus de 9 milliards de dollars de profits. Depuis le début de l'année, les effectifs aux Etats-Unis avaient ainsi chuté de 27 000 à 10 000 salariés.

Les cabinets d'affaires concurrents n'ont d'ailleurs pas meilleure réputation. Depuis la faillite d'Enron, d'autres scandales ont vu le jour éclaboussant de grandes entreprises comme General Electric, Microsoft et quelques autres, et impliquant les principaux cabinets. Ainsi, la société Xerox vient de payer 10 millions de dollars pour avoir surévalué pendant plusieurs années ses profits, avec l'aide du cabinet d'affaires KPMG. Une enquête de la SEC, la police de la Bourse, vient d'être lancée contre le cabinet Deloitte Touche Tohmatsu pour des faits du même genre concernant une entreprise cotée sur le Nasdaq, Adelphia Communications. Et la liste n'est pas close. La SEC tente de mettre un peu d'ordre dans tout cela en invitant les chefs d'entreprise à faire preuve d'honnêteté, c'est dire son impuissance.

Quant au procès d'Enron, il promet d'être encore plus retentissant. Outre la cupidité de dirigeants surpayés, il a mis en lumière les manipulations de comptes, les entreprises associées complaisantes, les analystes financiers optimistes, les tarifs publics de l'électricité gonflés artificiellement, et au bout les fonds de retraites évaporés et les emplois disparus.

L'Etat américain se contentera, au mieux, de faire le procès des malversations des dirigeants d'Enron, et cette firme connaîtra peut-être le sort d'Andersen. Mais ce n'est pas sur elle qu'il faut compter pour en finir avec la corruption des chefs d'entreprises et des différents responsables du système capitaliste à tous les niveaux. Celle-ci fait tout simplement partie intégrante de ce système basé sur le profit et sur l'exploitation forcenée du plus grand nombre.

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