Se battre pour une politique, y compris au sein de l'extrême gauche17/05/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/05/une1764.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

Se battre pour une politique, y compris au sein de l'extrême gauche

II n'y aura donc pas d'accord entre LO et la LCR aux prochaines législatives, à la déception sans doute de bon nombre de leurs anciens et nouveaux électeurs. Nous saurons rapidement si l'absence d'accord entre les deux organisations, donc la présence concurrente des deux organisations face aux candidatures uniques de la gauche et à la présence de l'extrême droite, se justifie parce qu'elle exprime deux politiques différentes. Autrement dit si la LCR, comme elle a choisi de le faire entre les deux tours en appelant de fait à voter Chirac dans le sillage des partis de la gauche gouvernementale, renonce ou pas à l'orientation qu'elle a défendue pendant la campagne d'Olivier Besancenot ; renonce ou pas à se présenter sur un programme d'opposition intransigeante à la droite et la gauche gouvernementale, et renoue, comme elle le fait craindre, avec sa vieille politique du « battre la droite et l'extrême droite ».

II ne s'agit ici que d'élections, donc d'un bloc électoral sur une orientation fondamentale, et un tel accord aurait pour le moins exigé une plate-forme politique commune explicite et même une profession de foi commune, comme l'a suggéré Lutte Ouvrière en mettant un terme aux discussions entre les deux organisations au lendemain du deuxième tour. L'ennui, c'est que Lutte Ouvrière elle-même, pas plus que la LCR, n'a proposé cette profession de foi commune. C'était pourtant à elle de le faire. Pour bien des raisons. Ne serait-ce que parce qu'elle avait accepté dès le lendemain du premier tour d'en discuter avec la LCR, donc, a priori, de se donner les moyens de vérifier si la LCR persistait ou non dans le sens de ses atermoiements puis sa décision pour le deuxième tour. D'ailleurs, si notre organisation avait considéré l'alignement politique de la LCR entre les deux tours comme rédhibitoire, elle n'aurait pas manqué d'interrompre les rencontres dès l'annonce de la décision de la LCR, c'est-à-dire avant le second tour-ce qu'elle n'a pas fait.

Mais surtout parce que l'orientation commune des deux organisations vis-à-vis de la gauche plurielle ces derniers temps était à mettre au crédit de LO qui l'a toujours défendue au travers des campagnes d'Arlette Laguiller. C'est notre organisation qui s'est battue sur une politique d'opposition radicale à la gauche gouvernementale depuis trente ans. C'est elle qui a remporté une première percée électorale en 1995 sur cette base. C'est elle qui ensuite a réussi à entraîner la LCR sur cette même orientation, non pas en l'ignorant mais en lui proposant de mener une campagne commune lors des Européennes. C'était donc et c'est encore à elle de continuer à se battre pour entraîner le reste de l'extrême gauche sur cette politique.

C'est également notre responsabilité - à Lutte Ouvrière - de ne pas nous résigner à l'avance aux nouvelles dérives de la LCR, dans l'intérêt même de ce que notre organisation défend contre vents et marées depuis des années.

Ce serait donc une erreur, surtout au-delà des élections, de renoncer à ce combat politique. La diversité pour la diversité (et ses « richesses ») n'a pas plus de sens que l'unité pour l'unité.

Au-delà des élections

Ce que dit le thermomètre électoral du premier tour des présidentielles nous importe (c'est même la principale raison pour laquelle

nous nous présentons). Sans traduire une nouvelle poussée de l'extrême droite, il confirme son maintien à un haut niveau. Et le maintien de ses voix au second tour (seule contre tous) montre qu'elle dispose toujours d'un socle électoral relativement solide. En l'absence d'une véritable contre-offensive de la classe ouvrière, et étant donné la politique trop prévisible du gouvernement, quel qu'il soit, qui sortira du scrutin des législatives, il n'est pas improbable dans l'avenir que cette extrême droite puisse se manifester par une présence plus visible et plus active dans les quartiers populaires. Cela constitue en soi un danger potentiel. Ne serait-ce que pour cette raison, il appartient à l'extrême gauche de répondre aux attentes des trois millions d'électeurs qui se sont tournés vers elle (sans parler des abstentionnistes et même de ceux qui ont encore voté pour la gauche) en cherchant à constituer un bloc sur une politique claire, lui permettant de prendre la relève du PCF, mais sur une base révolutionnaire, et de disputer à l'extrême droite son influence sur les couches les plus pauvres de la population.

Car la nouveauté de ce scrutin, c'est le doublement des voix de l'extrême gauche par rapport à 1995. Il est évident, si l'on veut mesurer l'évolution de la température de l'opinion au sein des milieux populaires, qu'il faut additionner les voix d'Arlette Laguiller et d'Olivier Besancenot (comme Arlette y invitait d'ailleurs les journalistes pendant sa campagne). Se contenter de dire que le score d'Arlette s'est maintenu, « donc » que rien n'a bougé du côté de l'opinion ouvrière, est une façon de refuser de voir que les scores additionnés de l'extrême gauche, sur une orientation de campagne très voisine, ont monté dans la même mesure que ceux du PC s'effondraient. C'est la première fois que la baisse électorale du PCF ne traduit pas la seule démoralisation, mais un espoir vers l'extrême gauche.

L'extrême gauche a effectivement des responsabilités particulières parce qu'on ne représente pas impunément 10% des voix exprimées (bien davantage dans les quartiers populaires) sans que cela ne soit en même temps un engagement : 1) à garder le cap de l'orientation intransigeante qui lui a valu ses scores ; 2) à militer pour la politique défendue au cours des élections sur le terrain des luttes et des mobilisations avec tous ceux qui sont prêts à le faire, et d'abord au sein de l'extrême-gauche.

Faudrait-il que le combat actuel de notre organisation se réduise à démontrer par la négative que nous sommes les seuls à avoir raison `? Non. Ce serait la politique du pire. La percée électorale de l'ensemble de l'extrême gauche nous engage, nous, Lutte Ouvrière, la mieux habilitée pour cela, à batailler sans relâche pour faire prévaloir cette politique et pour constituer sur des bases claires ce front

L'extrême gauche a effectivement des responsabilités particulières parce qu'on ne représente pas impunément 10 % des voix exprimées (bien davantage dans les quartiers populaires) sans que cela ne soit en même temps un engagement : 1) à garder le cap de l'orientation intransigeante qui lui a valu ses scores ; 2) à militer pour la politique défendue au cours des élections sur le terrain des luttes et des mobilisations avec tous ceux qui sont prêts à le faire, et d'abord au sein de l'extrême-gauche.

Faudrait-il que le combat actuel de notre organisation se réduise à démontrer par la négative que nous sommes les seuls à avoir raison ? Non. Ce serait la politique du pire. La percée électorale de l'ensemble de l'extrême gauche nous engage, nous, Lutte Ouvrière, la mieux habilitée pour cela, à batailler sans relâche pour faire prévaloir cette politique et pour constituer sur des bases claires ce front d'extrême gauche susceptible de remplacer le PC dans le coeur des couches populaires les plus opprimées et exploitées, et de susciter à nos côtés ces vocations militantes que la politique du PS et du PC ont découragées depuis plus de vingt ans.

Raoul GLABER et Huguette CHEVIREAU

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