Arsenal de Cherbourg : Morts pour quoi ?17/05/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/05/une1764.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Arsenal de Cherbourg : Morts pour quoi ?

Onze salariés de la DCN (Direction des constructions navales) de Cherbourg, et de Brest, ont donc perdu la vie, et plusieurs ont été blessés, dans l'attentat de Karachi, au Pakistan, perpétré contre un bus qui les transportait de leur hôtel à leur lieu de travail. L'émotion a été très forte à Cherbourg, où beaucoup connaissent quelqu'un qui était ou était allé travailler au Pakistan.

Mais au-delà de la méthode terroriste, évidemment exécrable puisqu'elle frappe indistinctement, notamment des civils, il est important de pointer les autres responsables. Ces camarades de travail étaient envoyés au Pakistan pour aider la marine de ce pays à fabriquer un sous-marin, dans le cadre d'un contrat avec la marine française. Cela fait longtemps que des salariés, ouvriers et cadres, sont sollicités pour effectuer des missions dans ce pays de dictature. Avant les attentats du 11 septembre déjà, les risques étaient importants, puisqu'ils étaient encadrés par des militaires en armes dans tous leurs déplacements.

La direction de la DCN a effectué de fortes pressions pour que des travailleurs aillent au Pakistan. Elle a laissé entendre que, probablement, ceux qui acceptaient d'aller travailler à Karachi ne verraient pas leurs postes supprimés. Dans le contexte des restructurations actuelles des arsenaux, c'était un chantage à l'emploi. Malgré cela, de nombreux travailleurs avaient refusé d'obtempérer, en raison notamment des risques encourus.

Après le 11 septembre, les travailleurs en déplacement avaient été rapatriés car tout le monde savait que la situation était explosive au Pakistan. Puis, on a appris quelque temps après, avec stupeur, que la direction avait renvoyé certains camarades à Karachi. Les syndicats et tous les ouvriers conscients s'étaient opposés à ces départs en raison des dangers évidents, et mettaient en garde la direction sur sa responsabilité en cas de problème. Celle-ci était donc, contrairement à ce qu'elle a osé déclarer, parfaitement consciente des risques qu'elle prenait avec la peau des ouvriers. D'ailleurs, d'autres attentats ont eu lieu, en particulier contre un temple protestant dans lequel la femme de l'ambassadeur américain a perdu la vie. Mais la direction a privilégié ses intérêts économiques et c'est en connaissance de cause qu'elle a envoyé les ouvriers risquer leur peau.

La presse a relevé que ces contrats étaient déficitaires. En fait, l'État français fournit à perte ses sous-marins, ce qui permet ensuite aux entreprises de l'armement de vendre avec profit le matériel militaire qui va avec. C'est le système bien connu des vases communicants, de nos poches à celles des trusts de l'industrie de l'armement. Enfin, si la population était nombreuse à assister aux cérémonies officielles en signe de solidarité avec les familles de nos camarades, les responsabilités de la direction et de l'État n'étaient pas pour autant oubliées : elles ont été soulignées par les organisations syndicales lors du rassemblement dans l'arsenal précédant les cérémonies officielles.

Et le déplacement de toutes les « huiles » , président de la République en tête, ne peut faire oublier non plus leur implication dans ce drame. Car, en plus de cette collaboration militaire, et aucunement humanitaire, entre les deux États, l'armée française est fortement engagée dans des opérations militaires en Afghanistan.

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