McDonald's : Les travailleurs restent déterminés19/04/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/04/une1760.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

McDonald's : Les travailleurs restent déterminés

Le 2 février dernier, après presque quatre mois de grève, les salariés du McDonald's du carrefour Strasbourg-Saint-Denis à Paris signaient un protocole de fin de conflit qui obligeait le franchisé (le patron du restaurant) à réintégrer cinq salariés dont il avait voulu se débarrasser parce que trop revendicatifs, leur faute à ses yeux étant d'avoir demandé l'élection des délégués du personnel, ou encore organisé un mouvement de grève en soutien au militant syndical menacé de licenciement pour avoir demandé l'organisation des élections.

Au cours de l'assemblée générale des grévistes qui avait approuvé la signature du protocole de fin de conflit, un des grévistes avait insisté sur le fait que la solidarité dont les salariés avaient fait preuve tout au long du conflit leur serait indispensable lors de la reprise du travail, lorsqu'ils auraient à affronter quotidiennement leur patron.

Cet appel à la vigilance ne s'est pas révélé inutile. Les travailleurs du McDo Strasbourg-Saint-Denis devaient en effet avoir très vite l'occasion de montrer que leur détermination à se faire respecter et leur sens de la solidarité étaient toujours aussi forts.

Il était prévu, aux termes du protocole de fin de conflit, que le franchisé, la veille de la réouverture du restaurant, réunisse les salariés pour leur rappeler " les règles en vigueur dans l'établissement ". Au début de la réunion, le franchisé annonçait son départ pour le 1er mai prochain et présentait son successeur. Cette nouvelle provoqua un bel enthousiasme et le " sortant ", qui semblait peu apprécier les quolibets des salariés, quitta la réunion au bout de cinq minutes.

Mais le patron " démissionnaire " voulut s'offrir une petite mesquinerie pendant son préavis. Un salarié du restaurant, un des porte-parole des grévistes, avait besoin d'une attestation d'emploi de sa part pour obtenir de l'administration le renouvellement de son autorisation de travail. Prenant prétexte que l'autorisation de travail était arrivée à expiration, le franchisé notifiait à l'intéressé une mesure de suspension, en lui remettant une " attestation de suspension ".

La réponse des salariés ne se fit pas attendre. Le dimanche 7 avril, le restaurant était paralysé par la grève. Le travail reprit le lendemain après que le patron eut finalement remis au salarié une " attestation de présence ".

Les salariés d'un autre " McDo ", celui du boulevard Saint-Germain, ont été eux aussi amenés à arrêter le travail pour se faire respecter d'une direction qui entendait mettre au pas plusieurs d'entre eux à qui il était reproché d'avoir manifesté leur solidarité avec les McDo de Strasbourg-Saint-Denis.

Au début de l'année, un militant syndical et cinq jeunes travailleuses de cet établissement du boulevard Saint-Germain avaient fait l'objet de mesures disciplinaires (allant de l'avertissement au licenciement), décidées pour différents motifs relevant d'un véritable inventaire à la Prévert : insubordination, dégradation volontaire de la porte d'entrée du restaurant, manquement aux obligations contractuelles, déclenchement intentionnel du système anti-incendie, etc.

Une vingtaine de salariés se mettaient alors en grève le 2 mars pour obtenir le retrait des sanctions. La direction les assignait devant le juge des référés du tribunal de grande instance pour que le motif de la grève soit déclaré illicite. Lors de l'audience du 22 mars, le juge ne répondit pas favorablement à la demande de McDonald's et désigna un médiateur en vue de rapprocher les parties en conflit.

Le 13 avril, après plusieurs séances de médiation, et devant la détermination intacte des grévistes, un protocole était finalement signé, transformant les sanctions en " blâme ne figurant pas au dossier " et le licenciement en avertissement.

À Strasbourg-Saint-Denis comme boulevard Saint-Germain, les jeunes travailleurs de McDonald's ont montré aux directions de leurs établissements respectifs, animées d'une même préoccupation de les mettre au pas, qu'ils sont conscients de leurs droits et déterminés à les faire respecter.

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