Israël-Palestine : L'impasse sanglante de Sharon26/10/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/10/une-1736.gif.445x577_q85_box-0%2C11%2C166%2C227_crop_detail.jpg

Dans le monde

Israël-Palestine : L'impasse sanglante de Sharon

24 morts palestiniens : tel était le bilan des attaques israéliennes contre les territoires palestiniens, cinq jours après l'assassinat, le 17 octobre, du ministre israélien du Tourisme Rehavam Zeevi par des membres du FPLP, le Front Populaire de Libération de la Palestine. La réponse d'Israël a été une opération militaire dans les Territoires, la plus importante paraît-il depuis l'entrée en application des accords d'Oslo. Les plus importantes villes de Cisjordanie ont été bouclées par les blindés israéliens, ceux-ci procédant même parfois à des incursions au coeur des villes.

A Jenine, c'est une écolière palestinienne de douze ans qui a été tuée par les tirs israéliens, touchée en pleine tête au pied du tableau noir de sa classe...

L'extrême droite crie vengeance

Rehavam Zeevi, le ministre israélien assassiné, était dirigeant du parti Union Nationale, un parti ultra-nationaliste prônant l'expulsion de tous les Palestiniens des Territoires. Sa mort a donc déclenché les surenchères de l'extrême droite israélienne, réclamant du Premier ministre Sharon qu'il "venge" Zeevi. Les attaques de l'armée israélienne ont été au-delà. En même temps que le gouvernement israélien exigeait de l'Autorité palestinienne l'arrestation des responsables du FPLP, l'armée assassinait trois militants du Fatah accusés d'avoir participé à une attaque contre des colons. En même temps qu'il proclame qu'il ne cédera pas au "terrorisme" qu'il accuse Arafat de couvrir, Sharon se livre lui-même au terrorisme en grand, aussi bien par les menaces de l'armée contre l'ensemble de la population palestinienne que par l'assassinat individuel de militants. Et bien avant que le FPLP n'assassine Rehavam Zeevi, il faut rappeler que le dirigeant du FPLP Abou Ali Mustapha avait été assassiné, à l'automne 2000, par un tir de missile de l'armée israélienne.

Il y a quelques semaines les dirigeants américains, protecteurs d'Israël, avaient fait quelques pressions sur Sharon pour que celui-ci modère quelque peu ses attaques anti-palestiniennes au moment où la mise sur pied de la coalition anti-Ben Laden nécessitait de ne pas faire trop mauvaise figure devant l'opinion arabe. Mais là ils se sont bornés à qualifier les incursions israéliennes d'"inutiles" car "compliquant la situation". Alors, une fois de plus le conflit israélo-palestinien semble s'enfoncer dans une vendetta sans fin, une vendetta où cependant les armes ne sont pas égales : l'Etat d'Israël attaque avec les moyens d'une armée moderne, bouclant des territoires, affamant tout un peuple à qui il continue de nier le droit élémentaire à l'existence nationale, tandis que celui-ci répond par des attentats individuels, des attentats suicide qui sont l'arme des pauvres et des désespérés.

Sharon, une politique qui mène à l'impasse...

Sharon, le général jusqu'au-boutiste, le responsable de l'invasion du Liban en 1982 et des massacres de Palestiniens à Sabra et Chatila, est arrivé au gouvernement il y a six mois en promettant d'en finir par la manière forte avec la seconde Intifada, qu'il avait lui-même fait éclater il y a un an, en septembre 2000, par son intrusion provocatrice sur l'esplanade des mosquées de Jérusalem. Il est évident aujourd'hui que tous les tanks qu'il peut envoyer, les rodomontades auxquelles il se livre, sont impuissants. Le peuple palestinien, qui connaît depuis plus de cinquante ans la situation des camps de réfugiés, qui subit depuis plus de trente ans l'occupation militaire israélienne en Cisjordanie et à Gaza, peut engendrer autant et même bien plus de combattants, autant de jeunes prêts à mourir avec la bombe qu'ils portent, que l'armée israélienne n'en tue au cours de ses incursions.

Alors, au bout des expéditions militaires de Sharon, il n'y a rien, rien d'autre que d'autres expéditions militaires, d'autres ripostes à d'autres attentats, et pas en tout cas la sécurité promise par Sharon à la population israélienne. La politique des dirigeants israéliens - de Sharon aujourd'hui comme de Barak hier - est une impasse sanglante, et cela d'abord pour la population israélienne elle-même. Obligée depuis cinquante ans de vivre sur un pied de guerre permanent, aujourd'hui dans la peur des attentats suicide, les surenchères guerrières de Sharon, de l'extrême droite et des colons qui crient vengeance l'enferment dans un piège sans issue. Et au moment où les Etats-Unis, pour défendre leur domination planétaire, se lancent dans une nouvelle offensive guerrière au Moyen-Orient, la population israélienne risque d'être encore plus victime, à sa manière, de la politique de ses dirigeants.

... pour la défense des intérêts américains

Car l'enjeu réel de tout cela, en fait, n'est évidemment pas les colonies installées par des colons, exaltés et imbéciles, sur les collines de Cisjordanie au motif que la Bible les leur aurait promises il y a quelques milliers d'années. Depuis cinquante ans, sous prétexte de créer un havre pour les Juifs, les dirigeants d'Israël ont engagé leur population dans une voie qui ne peut que leur attirer la haine croissante des populations arabes environnantes, ne lui laissant pas d'autre choix que de se laisser enrôler comme armée d'appoint aux Etats-Unis, aidant ceux-ci à faire planer une menace armée sur la région et sur ses puits de pétrole, au cas où les dirigeants des Etats voisins voudraient si peu que ce soit les soustraire à la tutelle des compagnies américaines.

Les dirigeants américains ont obtenu officiellement le soutien des principaux dirigeants arabes à leur offensive guerrière en Afghanistan. Mais cela ne doit pas faire illusion. En réalité cette offensive, si elle dure, ne pourra qu'attiser encore un peu plus l'opposition des populations de ces pays à la politique américaine, et à celle de leurs propres dirigeants. La situation de régimes comme ceux d'Arabie Saoudite, des Emirats ou même d'Egypte ou de Syrie, pourrait s'avérer de plus en plus fragile, augmentant encore la tension dans tout le Proche et le Moyen-Orient.

Dans ce contexte, la fuite en avant d'un Sharon, ses proclamations assimilant la lutte contre Arafat à la lutte des Etats-Unis contre Ben Laden reflètent un choix : celui d'enchaîner encore un peu plus la population israélienne à son rôle guerrier de supplétif des intérêts américains dans la région, en faisant le calcul que les Etats-Unis en auront peut-être bientôt besoin, et cesseront donc de faire la moue devant la politique d'un Sharon.

Il n'est même pas certain que le choix de Sharon correspondra à celui des dirigeants américains, qui pourraient préférer tenter de ménager leurs alliés arabes. Mais de toute façon, ce choix n'est pas dans l'intérêt de la population israélienne. Pour elle, il ne peut y avoir d'autre choix, à long terme, que celui d'une coexistence fraternelle avec les peuples voisins. Et cela implique, de façon vitale, de rompre avec la politique guerrière dans laquelle l'enfoncent ses dirigeants.

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