3e aéroport parisien en débat : Les politiciens font du vent26/10/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/10/une-1736.gif.445x577_q85_box-0%2C11%2C166%2C227_crop_detail.jpg

Leur société

3e aéroport parisien en débat : Les politiciens font du vent

On ne sait quelle mouche a piqué le gouvernement, mais il a décidé de ressortir de son trou un vieux serpent de mer : la question du 3e aéroport international, à l'échéance de quinze ou vingt ans, devant venir épauler Roissy. Vieux débat, puisqu'il avait agité les années 1990 pour finir par le choix d'un site non loin de Chartres, choix qui fut abandonné quelques années plus tard.

C'est dire l'urgence de ce choix stratégique, quelques mois après l'ouverture de la dernière piste de Roissy. Plus exactement ceci explique cela ; c'est-à-dire que le ministre des Transports du gouvernement Jospin, Gayssot, après toute une mise en scène pour dire qu'il voulait écouter les riverains de Roissy avant d'autoriser la construction d'une nouvelle piste d'atterrissage, avec l'augmentation parallèle du passage d'avions, n'a évidemment tenu compte que du seul avis des compagnies aériennes, d'Aéroports de Paris (ADP) et de tous ceux qui ont des intérêts financiers dans la plate-forme de Roissy.

Alors aujourd hui, pour donner le change aux habitants de cette zone très populeuse et donc composée de beaucoup d'électeurs, il a annoncé son intention de remettre sur le tapis ce 3e aéroport, dont le but officiel serait de limiter l'extension du trafic aérien sur Roissy à 70 % de ses capacités. Et du coup le gouvernement a sélectionné lui-même un certain nombre de sites pouvant faire l'affaire, consultant pour la forme les populations, mais se réservant, comme à chaque fois, le choix final du site.

Or il se trouve que quatre des huit sites retenus se trouvent en Picardie. Les uns proposés par la Direction générale de l'aviation civile, un autre par la Chambre de commerce d'Amiens, un autre... par les élus du PCF.

Cela a soulevé l'émotion des populations concernées. Emotion légitime pour les plus humbles, car ils ont le sentiment que ce qui pourrait être fait risque de se tramer dans leur dos, ne serait-ce qu'en rendant invendables les maisons où ils habitent et qui sont souvent le fruit d'années de sacrifices pour les acquérir et les rénover. Mais cette inquiétude a été attisée par les élus de droite, donc opposés au gouvernement, qui se sont lâchés sans retenue à cette occasion.

Ainsi Patrice Fontaine, vice-président du Conseil régional, débarqué du RPR à cause de son alliance avec le FN en 1998, mais conseiller général d'un canton touché, déclarait dans la presse : "Le président de la Chambre de commerce de la Somme (...) défend des intérêts particuliers. Il voit cet aéroport depuis son quartier chic d'Amiens." Un autre notable de droite, conseiller régional, conseiller général et premier adjoint au maire de Compiègne, emboîtait le pas à son collègue et mettait en accusation "la Chambre de commerce et le patronat". Le sénateur-maire de Compiègne, Marini, RPR, classé à droite de la droite, connu pour être un adversaire acharné du minuscule impôt sur la fortune, n'a pas hésité à appeler de façon pathétique à descendre dans la rue pour s'opposer au projet : "Il faut mobiliser toutes les opinions politiques confondues... les élus, les agriculteurs avec leurs tracteurs, les pompiers, les harmonies municipales, les anciens combattants." Jusqu'au maire de Chantilly, ville très chic de l'Oise, par ailleurs conseiller régional, qui s'est joint à ce front de lutte "pour la défense des intérêts des populations".

S'il était nécessaire de rajouter au grotesque de ces appels au peuple, il faut signaler, comme l'a ressorti à propos un hebdomadaire de l'Oise, que les mêmes combattants acharnés de ce projet de 3e aéroport avaient été en 1996... les partisans tout aussi acharnés du même projet, en défendant la candidature de la Picardie. Un seul petit détail : à cette époque, c'étaient leurs amis Chirac-Juppé qui dirigeaient le gouvernement.

C'est dire le sérieux qu'on doit accorder aux déclarations de ces représentants de partis de gouvernement, ceux de la gauche gouvernementale ne faisant pas beaucoup mieux de leur côté, car n'hésitant pas, pour défendre le projet d'un troisième aéroport, à évoquer la nécessité de la lutte contre le chômage, oubliant de préciser qu'au mieux l'aéroport en question pourrait limiter le chômage dans quinze ans, et pas celui très insupportable d'aujourd'hui.

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