Médias : Les tours en boucle21/09/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/09/une-1731.gif.445x577_q85_box-0%2C11%2C166%2C227_crop_detail.jpg

Leur société

Médias : Les tours en boucle

Depuis les attentats de New York et Washington les médias consacrent la quasi totalité de leurs émissions et de leurs publications à cet événement. C'est une véritable mobilisation, comme on n'en avait plus vu depuis la guerre du Golfe. Les vidéos de la chute du World Trade Center sont passées en boucle pendant des jours sur les écrans des télévisions, les rédactions se sont transportées sur place aux Etats-Unis.

Bien entendu l'événement est d'importance, mais il y a là bien plus que le désir d'informer, ou même que l'habituelle concurrence entre les chaînes, car les spectateurs et lecteurs sont aujourd'hui plutôt saturés.

Il y a la volonté de préparer l'opinion à la solidarité avec les autorités américaines et avec ce qu'elles pourront entreprendre. Cela rejoint le langage des officiels ("Nous sommes tous Américains") et les minutes de silence en hommage aux victimes. Et ce qui fait problème, évidemment, n'est pas la solidarité avec les victimes, c'est la solidarité avec les dirigeants américains que l'on cherche à imposer du même coup. D'autant plus que, dans toutes ces heures d'émission, bien rares sont les tentatives d'expliquer de façon approfondie les données du problème. On ne parle le plus souvent que du combat contre les "terroristes", pratiquement sans aborder les raisons pour lesquelles la politique des Etats-Unis soulève tant de haine dans le monde, et ce qui peut faire naître dans le monde arabe et musulman tant de vocations de kamikazes.

Les massacres du Rwanda ont fait au bas mot cent fois plus de victimes que les récents attentats, puisqu'il y a eu cinq cents à huit cent mille tués, on ne sait pas exactement. Les massacrés du Rwanda, tués dans des conditions atroces, n'ont pas eu droit à la moindre seconde de silence. Ce n'étaient que des Africains misérables, les autorités françaises étaient alors davantage solidaires des bourreaux que des victimes et portaient même une responsabilité dans les massacres.

Oh bien sûr, les médias de France ne sont pas aux ordres du gouvernement américain, mais ils suivent la classe politique française, qui, elle, emboîte le pas aux dirigeants des Etats-Unis. Chirac, Jospin accompagnés d'une foule de ministres et d'officiels ont assisté à la messe en mémoire des victimes. C'est la cohabitation sacrée.

De temps en temps un commentateur ou un ministre suggère que les Américains feraient bien de réfléchir avant d'agir et de ne pas bombarder n'importe où n'importe comment, en rappelant que la France a des intérêts dans certains pays arabes. Mais ces quelques notes émises sont là pour se donner bonne conscience, n'ont aucune efficacité et disparaissent dans la fanfare générale.

Il n'y a pas que l'armée américaine qui est mobilisée, il y a aussi les médias de bon nombre de pays, dont la France.

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