Dépistage du cancer et monopole : Santé publique et capitalisme ne font pas bon ménage14/09/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/09/une-1730.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Dépistage du cancer et monopole : Santé publique et capitalisme ne font pas bon ménage

Un laboratoire américain, Myriad Genetics, a obtenu depuis janvier 2001 le monopole sur les tests de dépistage du gène qui prédispose certaines femmes au cancer du sein. En vertu du brevet qu'elle a été la première à déposer sur le gène responsable, cette société voudrait obliger les millions de femmes concernées dans le monde à envoyer leurs échantillons sanguins aux Etats-Unis, à Salt Lake City, siège de l'usine à tests de Myriad.

Qu'une entreprise impose ainsi sa mainmise sur le dépistage génétique du cancer soulève à juste titre l'indignation. Mais cette affaire révèle surtout, en les poussant jusqu'à l'extrême, les aberrations de cette société où tout est bon, la santé publique comme le reste, pour faire du profit.

Est-il acceptable de breveter une molécule humaine ou animale, c'est-à-dire imposer sa propriété industrielle sur le vivant ? C'est effectivement absurde et scandaleux qu'une société puisse ainsi imposer sa propriété sur une molécule existant à l'état naturel. Mais il est tout aussi scandaleux que les dirigeants et les actionnaires de Myriad Genetics puissent s'approprier ce qui découle des travaux conjugués de centaines de chercheurs et de laboratoires, depuis des décennies. Ceux qui ont participé à la recherche génétique ont bien plus le droit de revendiquer un rôle dans la découverte de ce gène que Myriad Genetics qui s'est contentée d'être la première à oser déposer un brevet pour en tirer des royalties.

Au-delà, c'est le système des brevets et de la propriété privée qui est scandaleux. Car il est scandaleux qu'un groupe pharmaceutique, sous prétexte qu'il détient le brevet d'un médicament, puisse en tirer des profits et en interdire la copie, y compris dans des pays pauvres où ce médicament constitue un besoin vital pour toute la population.

Et ce qui est vrai pour la recherche médicale l'est tout autant pour l'ensemble de l'économie. Car tout ce que l'on produit aujourd'hui résulte des progrès réalisés par l'Homme depuis l'aube de l'humanité, et pas de ceux qui possèdent assez d'argent pour s'approprier les brevets, les laboratoires de recherche et les usines, et pour en amasser encore plus.

Une société soucieuse du bien-être de tous ses membres, et pas seulement des profits de quelques-uns, devra non seulement libérer la recherche de toute entrave mais aussi permettre que toute la société bénéficie des progrès de la science. Cela signifie que l'on se débarrasse de la domination des capitalistes.

Partager