Quand les capitalistes soignent leurs profits en lorgnant sur le secteur hospitalier22/06/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/06/une-1719.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Quand les capitalistes soignent leurs profits en lorgnant sur le secteur hospitalier

Depuis plusieurs semaines, la Générale de Santé a lancé une campagne de publicité dans la presse économique, dans la perpective de son introduction en Bourse. C'est la première fois en France qu'une entreprise de ce secteur cherche par ce biais des capitaux pour son développement futur.

Parallèlement aux établissements publics ou privés à but non lucratif, les cliniques, établissements privés à but lucratif, représentent en France environ 20 % de l'hospitalisation.

Depuis les années quatre-vingt, ce secteur est en pleine restructuration. Les petits établissements, créés dans les années soixante par des médecins spécialistes libéraux, ont tendance à disparaître au profit de chaînes de cliniques, créées et gérées par des groupes financiers.

La Générale de Santé est la chaîne de cliniques la plus importante. Premier groupe européen privé à but lucratif, elle comprend 157 établissements, 14 000 salariés et 3 000 praticiens dans plusieurs pays, dont près d'une centaine d'établissements en France, qui ont représenté 5,2 milliards de chiffre d'affaires en 1999. Ces établissements sont regroupés par types de soins : Médipsy pour la psychiatrie ou Généridis pour la radiothérapie.

Les établissements de cette catégorie sont maintenant intégrés à part entière dans le système d'organisation des soins conçu par le gouvernement. Les directeurs d'agences régionales de l'hospitalisation organisent la fermeture des petites cliniques, ou leur regroupement, et privilégient les projets présentés par ces chaînes, y compris parfois au détriment de centres hospitaliers publics.

La Générale de Santé possède également plusieurs filiales, spécialisées dans la fourniture de prestations hôtelières aux établissements de santé : restauration, téléphone et télévision, ménage... Hôpital Service assure par exemple le nettoyage de plusieurs établissements publics, en particulier l'hôpital de Bicêtre (AP-HP). Généridis vient de conclure avec l'AP-HP un accord pour la création en commun d'un centre de radiothérapie en Seine-Saint-Denis.

Car la Générale de Santé, dont 20 % du capital est détenu par Vivendi (ex-Générale des Eaux), ne fait pas mystère de ses ambitions. Elle se présente comme "un partenaire des établissements publics" mettant en avant sa volonté de "complémentarité". Elle se vante ainsi d'avoir obtenu en 1995, pour la première fois en Europe, la concession de la gestion d'un hôpital public au Portugal. Il s'agit, en construisant un réseau d'établissements de santé privés, de démontrer sa capacité à assurer, pour le compte des pouvoirs publics, un rôle croissant dans la santé : sur le modèle de la gestion de l'eau, des transports urbains, de la restauration collective pour le compte des communes...

Ce choix des gouvernements serait un recul d'abord pour les personnels des établissements de santé. C'est d'ailleurs la raison qui fait que, depuis plusieurs mois, dans plusieurs régions de France, des grèves se sont succédé dans plusieurs cliniques, en particulier contre les bas salaires, inférieurs en moyenne de plus de 20 % à ceux du public. Et ce serait une régression pour la population, puisque cela renforcerait encore la place de la logique du profit dans le système de santé.

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