Interdire les licenciements sous peine de réquisition (Extraits de l’allocution d’Arlette LAGUILLER du samedi 2 juin)08/06/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/06/une-1717.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

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Interdire les licenciements sous peine de réquisition (Extraits de l’allocution d’Arlette LAGUILLER du samedi 2 juin)

«Les pages financières des journaux expliquent qu'il y a plus d'emplois créés que d'emplois supprimés. Mais ceux qui écrivent cela, ceux qui relaient ce genre d'informations ne se posent pas la question : pourquoi les licenciements collectifs chez Danone ou chez Marks & Spencer soulèvent-ils tant d'émotion ? Ne comprennent-ils pas qu'être jeté à la rue après vingt, trente ans de travail ou plus, est un drame ? Non, bien sûr ! Même s'ils arrivent à l'imaginer, ils ne veulent pas le dire.

Les travailleurs, eux, savent ce que ces journaux ne veulent pas savoir parce que ce n'est pas leur monde (...). L'émotion et parfois les larmes des travailleuses et des travailleurs de Danone, de Moulinex et de Marks & Spencer viennent d'expériences vécues, dans leurs familles, dans leur voisinage, parmi leurs camarades de travail, et surtout dans les régions déjà économiquement sinistrées ! Pour les travailleurs, les licenciements collectifs ne sont pas des statistiques (...)

Aujourd'hui, tout travailleur est un licencié en puissance. Les patrons ne se donnent même plus, pas toujours, la peine de justifier les licenciements par le mauvais état de leurs affaires. Au contraire, il en est pour proclamer que c'est au moment où les affaires marchent le mieux qu'il faut «restructurer», c'est-à-dire licencier. Alors les licenciements collectifs nous concernent toutes et tous ! Et les empêcher est un des objectifs majeurs pour les travailleurs.

Et puis, même ceux qui, dans une entreprise qui licencie, ne sont pas dans la charrette des licenciés sont directement concernés. Car l'objectif des patrons en licenciant est de réduire les effectifs pour faire faire le même travail, voire plus, avec moins de travailleurs et de plus en plus mal payés, et pour empocher la différence.

Les profits extraordinaires enregistrés par les entreprises depuis quatre/cinq ans malgré le marasme économique ne tombent pas du ciel. (...) Ils viennent de la surexploitation des travailleurs. (...)

Lorsqu'une entreprise annonce un plan de licenciements, elle annonce par là même une aggravation de l'exploitation de ses travailleurs. Et les bourgeois, les actionnaires comprennent parfaitement le message. Ce n'est pas pour rien que, bien souvent, l'annonce d'un plan de licenciements suffit pour que le prix des actions de l'entreprise se mette à grimper. C'est la capacité de l'entreprise de soutirer plus de chacun de ses travailleurs qui attire les investisseurs.

Alors oui, la seule mesure susceptible de protéger les travailleurs contre cela, c'est d'interdire les licenciements sous peine de réquisition, à commencer par toutes les entreprises qui font du profit. Lutte Ouvrière défend depuis longtemps cet objectif, que j'ai été la seule à populariser lors de l'élection présidentielle de 1995. Aujourd'hui, l'idée fait son chemin parmi les travailleurs, et pas seulement. Car bon nombre de militants du PC la reprennent aussi.

Impossible, cela ?

Mais ce n'est pas possible, répondent toutes les bonnes âmes qui raisonnent, consciemment ou inconsciemment, en fonction des intérêts des possédants. Cela ruinerait l'entreprise.

Mais non ! Réquisitionner les entreprises qui ont des projets de licenciements collectifs, c'est réquisitionner avant tout leurs profits, c'est-à-dire prendre sur les profits la somme nécessaire pour financer les emplois que l'on veut supprimer. Cela ne nuirait même pas à l'entreprise, cela ne ferait que baisser les dividendes touchés par les actionnaires.

Impossible cela ? Cela ne l'est que pour ceux qui considèrent que les actionnaires ont un droit absolu de s'enrichir, fût-ce en foulant aux pieds la vie des travailleurs, fût-ce en détruisant toute une région, comme cela arrive lorsque l'entreprise qui ferme est l'unique entreprise d'une petite ville.

C'est irréalisable ? A ne compter que sur la générosité du patronat ou sur la volonté du gouvernement, c'est certainement irréalisable.

Mais bien des choses passaient pour irréalistes quelques semaines avant les grandes grèves de Juin 36 ou quelques semaines avant Mai 68. Et il a suffi que la classe ouvrière bouge ses muscles, se mette en lutte pour que, comme par miracle, le patronat trouve tout à fait réaliste de lâcher les congés payés et des augmentations de salaire de l'ordre de 50 % en 1936, et une augmentation du Smic de plus de 30 % en 1968.

Oui, Juin 36, Mai 68 comme, à une plus petite échelle, novembre-décembre 95, ont montré que la classe ouvrière n'a aucun autre moyen que la lutte pour stopper les attaques incessantes contre ses conditions d'existence.

Voilà pourquoi nous avons participé à toutes les actions, à toutes les manifestations pour protester contre les licenciements qui ont eu lieu jusqu'à présent à l'initiative notamment du PC ou de la CGT.

Voilà pourquoi nous appelons tous nos amis, tous nos camarades à faire en sorte que la manifestation du 9 juin, c'est-à-dire samedi prochain, contre les licenciements soit un succès.

Le projet de loi Guigou, un emplâtre sur une jambe de bois

Présenter le projet de loi Guigou comme susceptible de protéger les travailleurs contre les licenciements est une triste plaisanterie. Les mesures envisagées n'empêcheront pas un seul patron de licencier. Pas même si, finalement, Guigou accepte d'intégrer dans son texte certains des amendements du PC. Tout au plus y aura-t-il pour les patrons des procédures juridiques supplémentaires à respecter et quelques miettes supplémentaires jetées aux travailleurs licenciés !

(...) Le PC, dont les députés ont voté le projet de loi Guigou en première lecture, s'est senti cette fois acculé. C'est que, dans l'intervalle, il y a eu l'émotion soulevée par les licenciements chez Danone ou chez Marks & Spencer. Et puis, il y a aussi l'extrême gauche et le risque pour le PC qu'un certain nombre de travailleurs, choqués par la brutalité des licenciements et par l'incapacité voulue du gouvernement d'y faire face, se détournent encore de lui, pour se tourner un peu plus vers l'extrême gauche.

Poussé par l'extrême gauche, le PC a poussé Jospin à un recul symbolique en repoussant la date du vote de la loi Guigou.

Mais pourquoi donc est-ce la première fois depuis quatre ans que le PC se sert du fait que, sans ses députés, le gouvernement n'a pas la majorité à l'Assemblée et donc n'aurait jamais pu voter des lois contraires aux intérêts des travailleurs ?

Il y en a eu pourtant, des mesures antiouvrières, pendant tout ce temps ! Le PC aurait pu en empêcher certaines. Pas d'autres, sans doute, car certaines de ces mesures sont tellement antiouvrières que des députés de la droite les ont votées, comme ils l'ont fait récemment pour le PARE. Mais pourquoi la direction du PC n'utilise-t-elle jamais ce moyen de pression ?

Que fera le PC à la nouvelle échéance fixée par le gouvernement, en principe le 13 juin ? Se contentera-t-il du geste symbolique de Jospin pour rentrer dans le rang et voter la même loi, assortie ou pas de quelques amendements secondaires, en espérant que les travailleurs se contenteront d'un baroud d'honneur ? Ou refusera-t-il de voter ?

Je ne lis pas dans la tête des dirigeants du PC et je ne sais pas quel sera leur choix. Mais je peux dire que, si le PC finit par s'aligner sur le gouvernement, comme cela n'est malheureusement que trop probable, ni le PC, ni Jospin n'en auront fini avec l'abstention croissante dans les classes populaires, ni aussi avec l'extrême gauche. Car il faut espérer que les abstentionnistes populaires d'hier aillent jusqu'au bout et votent demain pour Lutte Ouvrière (...).»

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