Il faut une réaction puissante du monde du travail, décidé à stopper l’offensive patronale (Extraits de l’allocution d’Arlette LAGUILLER du dimanche 3 juin 2001)08/06/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/06/une-1717.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

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Il faut une réaction puissante du monde du travail, décidé à stopper l’offensive patronale (Extraits de l’allocution d’Arlette LAGUILLER du dimanche 3 juin 2001)

«L'élection présidentielle ne nous préoccupe pas vraiment, car ce n'est ni urgent ni important pour les travailleurs menacés de licenciement. Et c'est cela qui passe bien avant les démêlés Jospin-Chirac.

Ce qui est urgent et important, c'est que la manifestation du 9 juin à Paris soit un succès. Parce que ce qui compte pour leur sort, c'est la capacité des travailleurs d'empêcher des attaques patronales de plus en plus dures.

Depuis plusieurs années, le patronat mène une offensive contre les travailleurs. L'objectif de cette offensive, c'est de réduire toujours plus la part de la classe ouvrière dans le revenu global afin d'augmenter la part de la bourgeoisie et des possédants.

(...) Un changement de président de la République n'y changera absolument rien. Depuis vingt ans, le pays a changé de président, plusieurs Premiers ministres d'étiquettes différentes ont mené sans vergogne une politique propatronale, contribuant à l'aggravation du sort des travailleurs. Un changement véritable ne pourra venir que d'une réaction puissante du monde du travail, décidé à stopper l'offensive patronale.

La manifestation du samedi 9 juin ne suffira pas à elle seule à faire reculer le patronat et le gouvernement. Mais si elle est un succès visible, si elle réunit un grand nombre de manifestants, elle peut constituer une étape du retournement du rapport de forces.

Il faut que le patronat et le gouvernement qui le sert sentent que quelque chose est en train de changer dans les rangs ouvriers. Que nous n'accepterons plus ni l'arrogance du patronat ni les mesures antiouvrières venant du gouvernement.

(...) Aux intérêts capitalistes, aucun dirigeant politique ne veut toucher. Interdire les licenciements n'est même pas dans leur entendement car, pour eux, les lois du marché, les lois du profit sont intouchables. C'est la Bourse qui doit commander, et que les travailleurs crèvent plutôt que de voir baisser la Bourse ! (...)

Le gouvernement dans tout cela est le loyal gérant des intérêts du capitalisme. Seillière et Jospin ne s'opposent pas, ils se complètent, chacun à sa place (...).

On ne peut pas réformer ce système.

Toute l'économie capitaliste est basée sur l'exploitation. Tout son fonctionnement est fait pour accumuler les richesses entre les mains de la minorité qui dispose des capitaux au détriment de la majorité qui travaille. On ne peut pas réformer ce système. On ne peut pas le rendre meilleur. Mais, en revanche, les travailleurs peuvent se défendre, ils peuvent imposer des mesures qui les protègent, qui protègent leurs conditions d'existence. C'est de cela qu'il s'agit.(...)

Parmi les mesures que les luttes futures devront imposer aux classes possédantes, il y a la suppression immédiate du secret industriel, commercial et bancaire, ainsi que du secret sur tous les comptes privés des actionnaires et des propriétaires des entreprises. Le jour où les salariés, toute la population, pourront contrôler les finances des entreprises, on pourra vérifier quelle est la part des salaires et quelle est la part des profits présents et passés.

Il ne s'agit pas, pour exécuter ces contrôles sur les comptes des entreprises, d'inventer de nouvelles officines. Il s'agit, en levant le secret des affaires, d'autoriser les travailleurs eux-mêmes à regarder les comptes. En épluchant les comptes de Danone, les travailleurs de LU n'auraient aucun mal à constater qu'il y a largement de quoi sauvegarder leurs salaires. Ils pourraient constater que, s'il y a des économies à faire, on peut les faire ailleurs que sur les salaires.

Et puis, le contrôle de la population sur les comptes est le seul moyen de révéler la corruption permanente des milieux politiques dirigeants et aussi l'interpénétration entre les milieux politiques et les hautes sphères du monde des affaires.(...)

C'est que, bien au-delà des cas de corruption individuelle, il y a le fonctionnement général des grandes entreprises corruptrices et la façon dont elles dégagent l'argent de la corruption (...). Les condamnés, même les plus hauts placés, ne sont que des comparses (...). Les sommes détournées, l'argent occulte dont Sirven assurait, paraît-il, la distribution, ne représentent qu'une toute petite fraction encaissée le plus régulièrement du monde par Elf et ses gros actionnaires.

La preuve c'est que, paraît-il, le conseil d'administration d'Elf ne s'en apercevait pas. Et, après, on dit qu'il faut licencier le concierge pour faire des économies !

Mais d'où viennent les profits gigantesques de la société Elf ? Pour assurer l'exploitation de la concession pétrolière qu'il a obtenue au Soudan, la société Elf fait, en ce moment même, déplacer des dizaines de milliers de personnes et massacrer les récalcitrants dans les régions concernées. Ce n'est pas Elf qui joue, directement, les bourreaux, non. Mais le gouvernement du Soudan qui envoie ses troupes n'est sans doute pas plus difficile à acheter que les ministres français.

Mais on n'entend pas Chirac, Jospin ou les ministres de la gauche plurielle protester. On ne les voit pas intervenir alors qu'ils pourraient le faire. Ils entretiennent des troupes en Afrique, mais pas contre les compagnies pétrolières françaises.

Alors oui, une économie dont de pareils méfaits font partie du fonctionnement normal, (...) une telle économie n'est pas réformable !

Il faut la changer de fond en comble. Et la seule force sociale capable de réaliser cette transformation est la force collective et consciente des exploités d'aujourd'hui.

Agir sur ce terrain, c'est contribuer à défendre les travailleurs en les appelant à s'organiser pour se défendre eux-mêmes. Voilà ce qui nous sépare de bien des courants qui dénoncent pourtant quelques-unes des injustices les plus criantes de cette société.

Nous soutenons de notre mieux les combats de ceux qui dénoncent, par exemple, la mondialisation impérialiste, qui revendiquent la suppression de la dette des pays pauvres du Tiers Monde ou qui dénoncent les dégâts de la circulation spéculative des capitaux. Mais tout cela se limite à s'en prendre à quelques symptômes du mal, mais pas au mal lui-même. Le mal, c'est la concentration des richesses et des moyens de production entre les mains d'un nombre restreint de grandes sociétés capitalistes qui dominent l'économie tant en France qu'à l'échelle mondiale (...).

Eh bien, notre programme, notre raison d'être, à nous Lutte Ouvrière, c'est de nous adresser particulièrement à la classe ouvrière et plus largement à tous les travailleurs manuels et intellectuels, pour construire sur ces bases un véritable parti révolutionnaire.

Les élections, un thermomètre...

Alors, autant dire que les élections de l'année prochaine ne seront qu'un thermomètre mesurant la conscience qu'auront les classes populaires de la nécessité de réagir contre les attaques dont elles sont l'objet. (...).

Pour nous, les élections ne sont qu'une occasion de défendre notre politique par d'autres moyens. (...) Nous ne transigerons pas sur ce qui est l'axe de toutes nos interventions dans toutes les élections : défendre les intérêts politiques et sociaux du monde du travail. Les intérêts de ceux qui, dans ce monde divisé en classes sociales, sont les soutiers de l'économie.

Les intérêts des ouvriers qui, contrairement à tant de balivernes à la mode, constituent aujourd'hui encore la classe sociale la plus nombreuse dans ce pays.

Les intérêts aussi de toutes celles et de tous ceux qui, employés, vendeuses de grand magasin, techniciens, ont des conditions d'existence semblables à celles des ouvriers.

Les intérêts des chômeurs, qui sont des travailleurs écartés de la production par un système économique dément.

L'intérêt des couches les plus exploitées de la classe ouvrière, de ceux qui n'ont même pas le droit à un salaire égal au Smic, les précaires, les temps partiels non choisis.

Les intérêts des retraités, qui sont d'anciens travailleurs usés par l'exploitation.

Les intérêts des travailleurs, immigrés et, en particulier, de ceux qui, privés de papiers par les lois Pasqua-Debré-Chevènement, vivent sous la menace permanente des contrôles policiers. Ces travailleurs-là font pleinement partie de notre pays. Ils ne font ni ne défont les majorités aux élections mais, dans les luttes collectives, ils comptent comme nous tous.

Ce sont toutes ces catégories qui constituent notre classe, la classe ouvrière. Ce sont leurs intérêts que nous voulons représenter.

Et si l'on considère, comme je le disais, les élections comme un thermomètre, défendre ces intérêts, nous y arrivons de mieux en mieux, au grand dam de nos ennemis».

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