Plans "sociaux" : La liste s'allonge27/04/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/04/une-1711.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Plans "sociaux" : La liste s'allonge

Après Danone et Marks et Spencer, après Aventis et Valéo, après Moulinex, Philips, AOM, voici Dim. Il n'est à présent pas de semaine, parfois pas de jour, sans annonce d'un nouveau plan social, de nouvelles suppressions d'emplois, de nouvelles fermetures de sites dans les filiales des grands trusts. Il s'agit en fait du mécanisme normal de la restructuration capitaliste, et elle se fait bien sûr au mépris des salariés de ces différents groupes.

De Valéo à Philips...

Valéo par exemple prévoit la suppression de 600 emplois sur ses sites de Cahors et de Vire. Le prétexte en est le ralentissement du marché automobile, qui aurait occasionné une perte de 179 millions d'euros à l'entreprise. Mais la quasi-totalité de cette "perte", 136 millions très exactement, est en fait une provision effectuée pour payer la restructuration ! En fait, ralentissement ou pas, le secteur automobile se restructure, concentre ses sites de production, et met dehors ses ouvriers comme il balance ses machines à la casse.

L'un des principaux actionnaires de Valéo est la CGIP (présidée par Seillière), elle-même propriété de la holding Marine Wendel (présidée elle aussi par Seillière). En fait de pertes, Valéo engrangeait l'an dernier 368 millions d'euros de bénéfice !

Delphi, un autre équipementier automobile, profitant lui aussi du prétendu "ralentissement", prévoit de supprimer 11 500 emplois dans le monde. L'usine d'Andé dans l'Eure, qui risque de mettre ses 275 salariés à la porte, n'est qu'un tout petit morceau de ce grand chambardement que préparent les maîtres de l'automobile, General Motors en tête, qui dirigent de fait les équipementiers soi-disant sous-traitants.

VMC fabrique des petits pots en verre. Il veut faire disparaître plus de 500 emplois à Givors, Veauche et Reims. Là encore il s'agit de la restructuration d'un grand trust, qui ne manque pas de grands moyens. VMC appartient au groupe BSN, devenu un des plus grands producteurs de verre mondiaux après sa fusion avec Glasspack. L'ensemble appartient entre autres à... Danone ! BSN regroupe en fait toute l'activité verrière de Danone.

Rappelons que Danone lui-même envisage de supprimer plus de 800 emplois à Evry, Calais, Château-Thierry et Jussy, alors que le trust a ramassé l'an dernier 720 millions d'euros de bénéfice.

Philips de son côté annonce 6 à 7 000 suppressions d'emplois dans le monde. Cela toucherait son usine du Mans (2 600 salariés). Il prétend que ses bénéfices du premier trimestre, 106 millions d'euros, sont trop minables et qu'il est capable de faire dix fois plus ! Philips prend prétexte de ses difficultés dans la téléphonie mobile pour décider ces mesures de réduction de personnel. Mais ce trust international, lié à un grand groupe sud-coréen, est l'un des premiers producteurs mondiaux de tubes cathodiques et de matériel électronique du monde, et il brasse près de 5,5 milliards d'euros par an.

... et de Moulinex à Aventis

Moulinex, dont les opérations de restructurations ont déjà largement défrayé la chronique, veut encore fermer des sites à Cormelles-le-Royal, à Alençon, à Lesquin. Là encore il s'agit de restructurations de la production, Moulinex ayant récemment fusionné avec Brandt, filiale du groupe italien El-Fi. Ce trust a à présent un chiffre d'affaires qui approche les 3 milliards d'euros.

On pourrait encore citer Bosch, équipementier automobile lui aussi, qui veut supprimer des emplois à Beauvais, mais a l'ambition de racheter l'un de ses concurrents allemands ; ou le groupe André, qui annonce la fermeture de 110 magasins. En fait il réorganise la distribution de ses très nombreuses marques (Minelli, Orcade, Kookaï, Creeks, Liberto, Pataugas...). Le nouveau PDG du groupe a lui aussi déclaré des pertes... essentiellement composées des fonds provisionnés en vue des restructurations.

On pourrait aussi citer Aventis, ce gigantesque trust de la chimie, résultat d'une série de fusions (Hoechst, Rhône-Poulenc...) et qui joue au pousse-pousse avec 2 500 de ses salariés sur les sites de Romainville, Évry, Vitry, Alfortville, Croix-de-Berny. Ou encore l'ensemble AOM-Air Liberté-Air Littoral, où l'on retrouve le baron Seillière, mais cette fois-ci aux côtés d'un de ses homologues italiens, Mario Corti, ancien directeur de Nestlé, qui, à la tête d'une société qui possède aussi Swissair et Sabena, prétend restructurer une partie du secteur du transport aérien. Le sort de 2 000 salariés est en jeu. Là encore les pertes annoncées (1,89 milliard d'euros) comprennent les frais prévus pour la réorganisation (1,6 milliard d'euros).

Dans toutes ces entreprises, et ce n'est pas un phénomène nouveau, il s'agit de fermer certains sites pour en renforcer d'autres, et cela à l'échelle de la planète. Danone par exemple veut supprimer 2 597 emplois sur 3 ans dans les sites déjà cités, mais il veut en créer 817 dans 5 sites dont deux en France (Cestas et Haye-Fouassière). Il s'agit peut-être d'être plus efficace, mais en fonction des seuls intérêts des propriétaires des capitaux.

Les salariés n'ont dans tout cela aucune importance. Ils n'ont en tout cas pas droit à la parole (mais heureusement ils la prennent quand même !). La loi oblige seulement l'employeur à les "informer" du sort qui les attend, ce qui est peut-être la seule différence avec les vieilles machines qu'on jette au rebut.

Dans ces opérations, tous les calculs sont faits pour atteindre la meilleure rentabilité des capitaux (et accessoirement la meilleure cote boursière). On ne cherche jamais à faire que la meilleure efficacité de l'outil de travail allège le travail des salariés ou permette d'augmenter leurs revenus. Au contraire, en prenant prétexte des réorganisations pour augmenter encore l'exploitation et faire pression sur les salaires, les capitaux investis obtiennent encore un tout petit plus de rentabilité.

C'est à cette logique inhumaine du profit qu'il faut mettre fin.

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