AOM, Valéo... Seillière, digne représentant du patronat !27/04/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/04/une-1711.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

AOM, Valéo... Seillière, digne représentant du patronat !

Dans une longue interview au journal Les Echos le président du Medef, Ernest-Antoine Seillière, s'est expliqué avec cynisme sur les accusations faites à son encontre, en particulier par des membres du gouvernement, sur le fait de ne pas assumer ses responsabilités d'actionnaire majoritaire d'AOM-Air Liberté (les compagnies risquent d'être mises en dépôt de bilan et 7 000 emplois sont menacés).

Mais l'héritier des anciens maîtres de forges, l'homme de la famille de Wendel, qui a reçu un pactole de dizaines de milliards de la part du gouvernement socialiste à la suite de la nationalisation réalisée à des conditions miraculeuses pour leurs propriétaires au début des années 1980, revendique haut et fort sa conduite. Son seul but est de faire fructifier les milliards de la holding financière Marine Wendel et de sa filiale d'investissement la CGIP, c'est-à-dire l'argent de la famille du baron. Il l'explique en ces termes : "Marine Wendel contrôle la CGIP qui représente 95 % de son actif, et réalise par ailleurs des investissements limités pour dégager, dans l'intérêt de ses actionnaires (lui-même et la famille), des plus-values. C'est un investisseur financier comme un autre.(...) Elle a ainsi acheté et revendu les stylos Reynolds, les lunettes Afflelou et, pour partie, les laboratoires Stallergènes".

Evidemment l'image d'Epinal de l'industriel soucieux de son métier et de l'avenir de ses salariés en prend un coup, mais c'est cette image qui était une escroquerie vendue traditionnellement par la droite et sur laquelle la gauche a surenchéri depuis qu'elle est revenue aux affaires en 1981, jusqu'à aujourd'hui. A sa façon Seillière envoie un message à tous les serviteurs du patronat, des hommes politiques aux journalistes : "Ne jouez pas les coquettes, vous êtes là pour nous servir tels que nous sommes, des hommes dont la seule action et la seule finalité est d'emmagasiner le maximum d'argent à n'importe quel prix." Eh oui, c'est cela le capitalisme.

Seillière revendique au passage des petits secrets qui ne peuvent que le valoriser auprès des siens. Ainsi il a obtenu en 2000 de son compère actionnaire Swissair de se voir garantir le rachat en 2004 de toutes ses actions AOM à un prix fixé à l'avance. C'est dire s'il va se soucier du reste, et en particulier du sort des milliers d'employés !

Naturellement, comme tout bon patron, Seillière ment grossièrement dans cette interview. Il a ainsi le culot de dire que la CGIP, filiale de Marine Wendel, "investit des sommes considérables dans des groupes qu'elle développe dans la durée, par exemple... Valéo". Valéo, la CGIP l'a racheté comme placement financier au patron d'Olivetti, de Benedetti, et y a déjà supprimé des emplois par centaines. Aujourd'hui, Valéo est menacé à l'échelle du monde d'un plan massif de licenciements, avec déjà des centaines de licenciements annoncés. Et à propos du même Valéo, toute la presse économique a révélé que le seul but de Seillière et de la famille de Wendel était d'arriver à faire un plan de licenciements suffisamment crédible pour la Bourse afin de revendre à bon prix les 20 % d'actions qui le classent comme actionnaire majoritaire. En clair, les salariés de Valéo vont se faire jeter à la rue et risquer de tomber dans la misère pour permettre à la famille du baron de voir fructifier les milliards qu'elle avait placés dans l'affaire il y a seulement quelques années.

D'ailleurs le baron Seillière précise bien les choses : "Est-il bon que le président du Medef soit un entrepreneur actif, engagé dans la vie économique ? Moi je dis oui. Je suis dans la vie des affaires, avec des risques, des difficultés, des réussites, sous le contrôle de mes actionnaires, et j'en suis fier".

Fier de ce qu'il est au nom des siens, la classe des patrons, des capitalistes, il a sans doute raison : il est aussi méprisable que tous ceux-là, comme le sont tous ceux qui nous présentent ces gens-là comme des forces vives indispensables à la marche de la société. Mais ils n'en sont que les entraves dont il faudra bien se débarrasser un jour, le plus tôt possible.

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