Espagne : La nouvelle réforme de la législation du travail - une attaque de plus contre les travailleurs06/04/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/04/une-1708.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Espagne : La nouvelle réforme de la législation du travail - une attaque de plus contre les travailleurs

Le gouvernement vient d'imposer une nouvelle réforme du droit du travail taillée sur mesure pour les patrons. Les mesures approuvées par le conseil des ministres du vendredi 2 mars, par un décret-loi qui permet qu'elles soient immédiatement appliquées, montrent la mascarade qu'a constituée la table ronde des négociations entre les centrales syndicales et le patronat. Depuis huit mois les syndicats - Commissions Ouvrières et Union Générale des Travailleurs - ont négocié avec le patronat une nouvelle réforme de la législation du travail. Les uns et les autres affirmaient qu'il s'agissait de favoriser le développement de l'emploi stable, d'imposer des quotas pour limiter l'emploi temporaire dont le patronat exigeait bien évidemment qu'on le facilite encore, mettant comme condition à la création d'emplois la baisse du coût des licenciements et le développement de la flexibilité. Cependant tout paraît indiquer que le gouvernement, en accord avec le patronat, avait préparé depuis longtemps les mesures qu'ils voulaient imposer.

La nouvelle réforme constitue une rude attaque contre les travailleurs en rendant, d'une part, moins onéreux pour le patronat le coût des licenciements, et en augmentant, d'autre part, la flexibilité. Il élargit en effet l'application de ce qu'ils appellent cyniquement le "contrat d'encouragement à l'emploi stable déjà en vigueur depuis la réforme de 1997 dans certains secteurs. Le sens des mesures est clair : l'indemnisation pour licenciement injustifié passe de 45 jours par année travaillée à 33 jours : le nombre de mensualités passe de 42 à 24. Par ailleurs cette forme de licenciement s'appliquera dorénavant aux travailleurs de 45 ans et plus, aux jeunes de 16 à 30 ans, aux travailleurs qui ont été plus de six mois au chômage et aux femmes qui travaillent dans des secteurs employant peu de femmes (presque partout). Dans un pays où il y a un grand taux de chômage, surtout parmi la jeunesse et les femmes, cela signifie la généralisation de la baisse du coût du chômage pour le patronat et pèse sur les secteurs les plus faibles de la classe ouvrière. L'ancien système ne sera plus appliqué qu'aux hommes entre 31 et 41 ans qui n'auront pas été plus de six mois au chômage.

Décidément le patronat et le gouvernement ne manquent pas de cynisme quand ils affirment que l'abaissement du coût des licenciements permettra de développer l'embauche en fixe. Car comment va-t-on créer l'emploi si l'on favorise les licenciements ?

Et c'est avec le même mépris des travailleurs que cette réforme présente comme une mesure destinée à freiner la précarité la limitation à huit jours par année travaillée de l'indemnisation versée à l'expiration des contrats temporaires Sans compter que, parallèlement, les dernières contraintes concernant la durée de la journée du travail et le découpage des horaires sont levées.

Pour couronner le tout, les patrons reçoivent en prime quelques autres cadeaux. Ils se voient exemptés de payer pendant un an les cotisations sociales quand ils embauchent des femmes ayant un enfant, ainsi que d'autres subventions et exemptions quand ils embauchent des femmes entre 16 et 45 ans, des chômeurs privés d'emplois depuis plus de six mois ou des chômeurs longue durée. Un cadeau de 12 milliards de francs aux frais de l'Etat.

Ces mesures viennent dans un contexte où les entreprises nagent dans l'abondance. Pendant l'année 2000, en effet, les entreprises espagnoles ont fait environ 45 % de bénéfices supplémentaires par rapport à l'an dernier. Les deux grandes entreprises comme Repsol et la Telefonica ont obtenu les plus grands bénéfices de l'histoire du capitalisme espagnol. Et elles en veulent encore plus. Et face à ce patronat insatiable les centrales syndicales mènent une politique de paix sociale qui lie les mains des travailleurs.

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