Macédoine : Une nouvelle mobilisation guerrière que les peuples risquent de payer23/03/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/03/une-1706.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Macédoine : Une nouvelle mobilisation guerrière que les peuples risquent de payer

Le 18 mars, la Macédoine, appuyée par l'OTAN et les dirigeants des grands pays occidentaux, a annoncé la mobilisation de ses réservistes.

Dernière des républiques "indépendantes" issues du démembrement de l'ex-Yougoslavie à avoir échappé à la guerre depuis 1991, la Macédoine connaît aujourd'hui à son tour ce qui semble bien constituer le début d'une nouvelle escalade guerrière - alimentée par l'un des problèmes nationaux non résolus de la péninsule balkanique, celui que pose la situation d'oppression et de discrimination vécue par sa population albanophone.

La politique criminelle des puissances impérialistes dans les Balkans

C'est dans la manière criminelle dont les dirigeants des puissances impérialistes ont décidé, dans le passé, du sort de l'ensemble de la population albanaise des Balkans qu'il faut rechercher les racines de la "question albanaise" d'aujourd'hui.

Dans le cadre du dépeçage de l'ancien Empire ottoman puis du grand partage de ses dépouilles à l'issue de la Première Guerre mondiale, ils ont opéré des charcutages inhumains au sein des populations mêlées des Balkans. Ils ont ainsi créé un petit Etat d'Albanie sous leur protection, tandis que, dans le même temps, ils attribuaient les régions voisines de peuplement albanais au... "Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes", c'est-à-dire en fait à la monarchie serbe. Si bien que la première Yougoslavie qui a suivi, soit en principe l'Etat "des Slaves du sud", incluait d'emblée, en position subalterne, une importante population non-slave, de langue et de culture différentes, dans les régions du Kosovo et de Macédoine, adossées à l'Albanie "indépendante".

Cette politique faisait totalement fi de l'histoire et de la culture, des peuples concernés (pas seulement le peuple albanais), et n'était dictée que par les intérêts des différents impérialismes, leurs rivalités en matière de sphères d'influence, leurs conflits à géométrie variable. Elle n'a cessé de ballotter les peuples en fonction des décisions changeantes de partage prises à Berlin, Versailles ou Londres. Et c'est avec ce passé que les grandes puissances impérialistes ont renoué face aux Balkans, après la mort de Tito en 1980.

Après l'intermède de la Yougoslavie titiste, en effet - un intermède de quelque quarante années tout de même, qui assura à sa manière fort peu démocratique une forme de cohabitation entre les peuples -, la Fédération commença à se fissurer sous la poussée des appétits de pouvoir concurrents au sein de l'appareil d'Etat. Les différents pays impérialistes ont alors, chacun pour soi, épousé de fait les rivalités entre ces clans et leurs manipulations des sentiments nationaux. Dans la mesure où on peut parler d'une politique de leur part dans cette affaire, celle-ci a donné au processus de démembrement de la Fédération yougoslave à partir de 1990-91 son ampleur, sa rapidité, sa violence. Et c'est la logique de ce processus qui n'en finit pas de désintégrer la Yougoslavie depuis dix ans, dans le sang des peuples.

Pour prendre l'exemple de la population albanaise, l'Etat d'Albanie n'en regroupait qu'environ la moitié, l'autre partie étant dispersée sur plusieurs régions, le Kosovo, la Macédoine, et à un degré moindre, le Monténégro et le sud de la Serbie, mais au moins toutes ces régions faisaient partie, avant les années 1990 d'une même Yougoslavie. Elles sont divisées maintenant par des frontières d'Etats qui ont taillé dans les villages, les bourgs, les terrains de pâturage, et les familles.

Au long de cette décennie, notamment sur le territoire de la Bosnie, les puissances impérialistes ont patronné de pseudo-réglements de partage qui n'ont fait qu'entériner la loi du plus fort, transformant des lignes de front en frontières, constituant des fiefs ethniques sans ressources mais soumis à des chefs de bande mafieux assurés de l'impunité. L'homme fort de Belgrade, Milosevic, apparaissait alors, comme à Dayton en 1995, comme l'homme-lige des dirigeants impérialistes dans leur mainmise sur l'ensemble de la région - pour devenir ensuite, par un retournement de la volonté de l'impérialisme, l'ennemi à abattre, lorsque les Occidentaux se sont mués, en 1999, en défenseurs des Albanais du Kosovo. Au point que les services américains en particulier ont armé, et financé l'UCK - l'armée de guérilla albanaise anti-serbe au Kosovo.

L'armée de Belgrade remise en selle

Aujourd'hui, on voit les mêmes puissances impérialistes, après avoir bombardé la Serbie sous prétexte de protéger le peuple albano-kosovar, s'appuyer sur l'armée serbe et l'associer aux préparatifs actuels de l'OTAN en vue du nouveau conflit en Macédoine, contre la guérilla UCK qui vient d'y apparaître !

Concrètement, l'armée de Belgrade vient d'être autorisée, sur décision de l'OTAN du 8 mars, à revenir dans une bande-frontière placée entre le sud de la Serbie et le Kosovo, où elle était interdite d'accès depuis les accords militaires de juin 1999. Cette zone est proche de la région de Macédoine où une "Armée de libération nationale albanaise" (UCK-M) s'affronte actuellement aux forces "régulières" macédoniennes.

L'armée serbe est toujours dirigée par les mêmes chefs qu'au temps de Milosevic, elle dispose toujours de gros moyens. Ce n'était pas un effet du hasard si elle avait été largement ménagée par les bombardements de l'OTAN de 1999. La voici rétablie comme bras armé au service de l'ordre impérialiste dans la région. On imagine de quel oeil la population albanaise dans son ensemble peut voir les choses évoluer ainsi, après les massacres et les exactions commis au Kosovo... Mais ce n'est pas le problème des dirigeants impérialistes, qui ne font ainsi que montrer une fois de plus dans quel mépris ils tiennent le sort et les éventuelles aspirations de peuples, dont ils n'ont cure.

L'UCK, nationaliste et mafieuse

Les nationalistes albanais de l'UCK et de ses dérivés, en Macédoine comme au Kosovo ou comme, par ailleurs, dans une petite zone du sud de la Serbie peuplée d'Albanais où ils entretiennent également un foyer de tension, ne sont pas eux-mêmes réellement soucieux des intérêts de leur peuple. Ils l'ont montré au Kosovo. Dans la mesure où ils y disposent d'un pouvoir, ils l'exercent en grande partie par des méthodes d'intimidation, pratiquant des attentats et des assassinats, dressant systématiquement Albanais contre Serbes et Roms, profitant d'une criminalité mafieuse qui s'est développée sur un fond de misère matérielle profonde.

D'ailleurs, les territoires du nord-ouest de la Macédoine, jouxtant le Kosovo, l'Albanie et le sud de la Serbie, sont traversés par de grands axes de contrebande qui sont l'enjeu des convoitises des gangs dans lesquels l'UCK est impliquée.

Nous ne pouvons évidemment pas mesurer d'ici ce qui, dans le déclenchement des événements actuels, ne serait dû qu'à la volonté de ces chefs de bande de poursuivre leurs objectifs à la faveur d'une brutale déstabilisation de la région.

Tels qu'ils sont, ils peuvent aussi, en brandissant le drapeau de la défense des Albanais de Macédoine, rencontrer un consensus réel au sein de cette population, voire une base combattante. Car les problèmes des Albanais macédoniens sont bien réels. Frustrés dans leurs sentiments nationaux, ils s'estiment, alors qu'ils représentent entre 23 % et 35 % de la population totale de la Macédoine, brimés dans l'enseignement de leur langue et dans l'accès aux postes publics. Bien que cinq ministres albanais aient été associés à la coalition gouvernementale, la plupart des Albano-macédoniens n'en ont sans doute pas retiré grand chose de concret. Et, dans ces conditions, dans un contexte de dénuement dramatique, avec une jeunesse sans travail et sans espoir, une propagande démagogique hostile aux Macédoniens slaves peut trouver un écho.

L'UCK et ses émules sont ce qu'ils sont, mais il n'en reste pas moins que, fondamentalement, le sous- développement économique de cette partie de l'Europe avec les problèmes soulevés par les inégalités entre régions, l'état de délabrement auquel elle est réduite aujourd'hui, sont à la base des maux dont souffrent, entre autres peuples, les Albanais de l'ex- Yougoslavie. Et cela, c'est le système dominé par l'impérialisme qui en porte la responsabilité aussi.

En tout cas, avec le nouveau cycle guerrier qui est en train apparemment de s'instaurer, un fossé sanglant de plus est creusé entre les peuples, pour leur malheur ; un fossé que jamais la tutelle impérialiste ne sera en mesure de combler dans l'intérêt des classes populaires.

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