Grande-Bretagne - Fièvre aphteuse : Un coup dur pour les petits exploitants02/03/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/03/une-1703.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Grande-Bretagne - Fièvre aphteuse : Un coup dur pour les petits exploitants

Les élevages britanniques sont de nouveau en quarantaine. Cette fois il s'agit de la fièvre aphteuse, maladie affectant certaines catégories d'animaux - domestiques ou non - dont les porcs, moutons et vaches.

Contrairement à la maladie de la "vache folle", la fièvre aphteuse n'est pas considérée comme transmissible à l'homme. En revanche c'est une maladie extrêmement contagieuse dont le virus peut se propager indépendamment de ses victimes, par voie aérienne entre autres.

Etat de siège

Depuis le 19 février, date à laquelle ont été signalés les premiers cas de fièvre aphteuse en Grande-Bretagne, le pays est en état de siège. Les services vétérinaires ont été mis en alerte rouge pour tenter de remonter la filière de la contagion à partir de l'abattoir de porcins de l'Est de Londres où l'épizootie a été détectée. Plusieurs dizaines de fermes, abattoirs et marchés aux bestiaux où l'on a trouvé des traces de contamination ont été mis en quarantaine et leurs abords isolés par un cordon sanitaire allant jusqu'à plusieurs kilomètres. Plus de 8 000 bêtes appartenant à des troupeaux infectés ont d'ores et déjà été incinérées. Les réserves animalières ont été fermées au public de peur que les visiteurs y apportent le virus. Enfin et surtout, tout mouvement d'animaux à l'intérieur du pays et toute exportation d'animaux ou de viande ont été interdits.

Une chose est sûre, c'est que le gouvernement Blair a fait ce qu'il fallait pour ne pas prêter le flanc à l'accusation de laxisme que ses rivaux Conservateurs continuent à payer chèrement, à la suite de leurs mensonges et de leur attentisme criminels à l'égard de la maladie de la "vache folle". Et Blair y tient d'autant plus que cette épizootie ne pouvait pas plus mal tomber, en pleine campagne pour les élections législatives qui devraient se tenir d'ici le mois de juin.

Malgré ces mesures draconiennes, on ne cesse de trouver de nouveaux foyers d'infection aux quatre coins du pays. Le ministre de l'Agriculture en est à reconnaître que les mesures prises jusqu'à présent, qui avaient permis d'enrayer un début d'épizootie en 1981, n'y suffiront pas cette fois-ci. Les experts les plus pessimistes en sont à évoquer le spectre de l'épizootie de 1967, au cours de laquelle 420 000 animaux avaient dû être éliminés.

Le prix de la concentration agricole

Or même si aujourd'hui tous les moyens possibles semblent avoir été mis en oeuvre pour combattre cette nouvelle explosion de fièvre aphteuse, on ne peut pas en dire autant des mesures préventives.

En effet les rapports de commissions d'enquête publiés à la suite de 1967 et de 1981 avaient tous souligné la nécessité de prendre un certain nombre de mesures préventives : multiplier les abattoirs régionaux plutôt que les gros abattoirs industriels, effectuer des contrôles sanitaires chaque fois qu'un transport de longue distance était envisagé, et plus généralement limiter au maximum tout ce qui pourrait entraîner des déplacements inutiles du bétail.

Or sur la question des abattoirs, par exemple, les gouvernements conservateurs puis travaillistes ont mené la politique inverse. Sous prétexte d'aider à la "rationalisation" de l'industrie et de permettre à l'Etat de faire des économies en matière de contrôle sanitaire, le nombre des abattoirs a été diminué des deux tiers depuis 1985. Qui plus est, sur les quelque 350 abattoirs restant dans le pays, une trentaine à peine assurent la moitié de l'abattage total. Bien sûr, on peut penser que tout cela a rapporté gros aux quatre groupes qui contrôlent l'essentiel de l'abattage.

Mais ce n'est pas le seul plan sur lequel les conclusions des commissions d'enquête ont été ignorées délibérément. Depuis la fin des années 1980 on a assisté à la montée rapide d'une nouvelle forme d'agriculture : la sous-traitance. C'est ainsi que la première ferme à laquelle ont été conduits les inspecteurs sanitaires dans leurs investigations était un "centre d'engraissement", où le fermier prend en pension les cochons d'autres fermes pour les gaver pendant quelques semaines avant l'abattage. Les images de cette ferme données par la télévision britannique ont montré des bâtiments décrépits, pour ainsi dire en ruine, dans lesquels il n'était de toute évidence pas question d'hygiène. Or ce genre d'établissement s'est multiplié, à la fois parce qu'à la faveur de la crise agricole des fermes se retrouvent trop couvertes de dettes pour conserver cheptel ou équipement et parce que les fermiers capitalistes sont trop heureux de se débarrasser de tâches nécessitant des installations et une main-d'oeuvre spéciales sur des sous-traitants bon marché.

C'est ainsi que nombre d'animaux sillonnent les routes du pays, de sous-traitant en sous-traitant, pour subir les différentes phases de leur vie productive, avant de terminer dans un abattoir dont le choix est déterminé par des critères de coût, en fonction de la destination finale de l'animal. Et bien sûr, la recommandation faite au gouvernement d'assurer des contrôles sanitaires lors de chaque long voyage est restée lettre morte. D'ailleurs, pour ne pas risquer d'être sollicité par les exploitants, le gouvernement Thatcher leur avait imposé de payer le temps de présence des vétérinaires en cas de contrôle sanitaire. Et le gouvernement Blair s'est bien gardé de lever cette mesure dissuasive.

Les petits exploitants et la crise agricole

Il reste que, pour les éleveurs britanniques, cette nouvelle épizootie est une catastrophe. Sans doute Blair a-t-il tenu à promettre en personne que les éleveurs seraient indemnisés pour chaque aninal incinéré. Mais d'abord, à en juger par la façon dont les choses se sont passées pour la maladie de la "vache folle", cela peut prendre beaucoup de temps. Et puis surtout, pour la majorité des petits exploitants ultra-spécialisés, perdre leurs bêtes c'est perdre leur revenu non seulement pour l'année en cours mais souvent également pour l'année suivante. Et ce coup risque d'être d'autant plus catastrophique que déjà, au cours des quatre dernières années, entre la crise du Sud-Est asiatique, la maladie de la "vache folle" et la diminution des exportations agricoles vers l'Europe du fait de la baisse de l'euro, le revenu agricole moyen a baissé de plus de 20 % d'après les chiffres officiels et du double parmi les éleveurs. Et ce sont bien sûr les plus petits qui ont payé le gros de la note. On peut donc s'attendre à une nouvelle vague de faillites dans les campagnes britanniques.

Tout le monde ne sera pas perdant néanmoins. Depuis un demi-siècle, de crise en crise, la taille des exploitations agricoles ne cesse d'augmenter en Grande-Bretagne (elle est aujourd'hui la plus élevée d'Europe, avec une moyenne de 72 ha). Celle-ci ne faillira pas à la règle, car les grandes exploitations diversifiées, elles, avec les capitaux et les crédits dont elles disposent, peuvent se payer le luxe de se retourner dans ce genre de situation, et surtout d'en profiter pour absorber leurs voisins plus faibles.

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