Renault-Sovab Batilly (54) : - La précarité bat des records22/12/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/12/une-1693.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Renault-Sovab Batilly (54) : - La précarité bat des records

Sur 3 390 salariés employés à l'usine Renault Sovab de Batilly en Lorraine, 985 sont précaires (l'écrasante majorité en intérim). Une situation que dénonce depuis plusieurs années la CGT de l'entreprise.

«En 1996, il y avait 15,8 % d'intérimaires, il y en a aujourd'hui 30,6 %. Un salarié sur trois est précaire. En fabrication, c'est un sur deux», a dénoncé le syndicat CGT de l'usine Renault-Sovab de Batilly en Lorraine lors d'une conférence de presse à laquelle elle avait invité les élus et partis de gauche. Et le syndicat d'expliquer qu'il y a 985 intérimaires et CDD pour 2 405 salariés en fixe. Des intérimaires que la direction fait venir de toute la région et même de Douai pour travailler à Batilly (20 km de Metz).

La Sovab produit le Master Renault ainsi que le Mascott (un petit camion dérivé du Master). Les carnets de commandes sont pleins depuis des années. La direction a imposé une équipe de nuit qui, de provisoire et à temps partiel, est devenue définitive et à temps plein. Elle a créé une équipe samedi-dimanche (SD) en tôlerie pour alimenter le montage, des équipes VSD, et les heures supplémentaires vont bon train.

Lors de la conférence de presse, la CGT a également fait le point sur les poursuites aux Prud'hommes qu'elle a engagées avec des intérimaires. S'appuyant sur une lettre d'une inspectrice du travail demandant l'embauche de tous les intérimaires au motif que la raison de leur présence était fausse (surcroît temporaire d'activité alors que les intérimaires font tourner l'usine), la CGT a porté plainte aux Prud'hommes avec une quarantaine d'intérimaires. A chaque fois, le tribunal a reconnu le bien-fondé de la plainte et requalifié en CDI les contrats de travail des intérimaires. Mais, vu le délai des procédures, la plupart des intérimaires n'étant plus dans l'entreprise, ils n'eurent droit qu'à des indemnités de licenciement. Quelques-uns seulement, présents dans l'entreprise au moment du jugement, ont été embauchés en CDI.

L'avocat de la CGT a dénoncé les pressions exercées contre les intérimaires qui ont porté plainte par les entreprises d'intérimaires ainsi que le chantage à l'emploi, «car il ne faudrait pas embêter ces pauvres entreprises qui sont déjà bien gentilles de créer des emplois dans la Lorraine sinistrée !»

Cet «argument» a été employé par la Préfecture de Meurthe-et-Moselle à l'encontre de l'inspectrice du travail qui avait fait la lettre demandant l'embauche des intérimaires.

Les représentants du Parti Socialiste se sont dit «étonnés» de cette situation et ont souligné que le PS, ce n'est pas le gouvernement (les élections municipales ne sont pas loin). Pourtant «l'intérim, en Lorraine comme ailleurs», a rappelé le représentant de Lutte Ouvrière à cette conférence «est en pleine explosion. Chez Citroën à Trémery, il y a 1 200 intérimaires sur 4 900 salariés ! Le gouvernement est parfaitement au courant de cette situation. Cela fait deux ans que notre camarade Christiane Nimsgern, élue Lutte Ouvrière à la Région Lorraine, a saisi Martine Aubry sur cette affaire en compagnie d'élus du PCF. Il y a un an Martine Aubry, reconnaissant le pourcentage élevé d'intérim, a répondu que "ce dossier fait l'objet d'un traitement particulier". Mais rien n'a changé, bien au contraire. Là comme ailleurs, le gouvernement est complètement du côté du patronat».

Réintervenant en précisant qu'il ne voulait pas défendre le gouvernement, le représentant du PS s'est fait clouer le bec par un militant CGT de l'Union locale d'Homécourt qui l'a coupé, affirmant : «Vous ne pouvez pas le défendre, il est indéfendable !» La responsable de l'Union locale de Longwy renchérissait, dénonçant «l'hypocrisie» du PS, que ce soit avec la loi Aubry ou l'acceptation du PARE mijoté par le MEDEF.

Quant au représentant du PCF, il réclama une nouvelle loi pour réduire la précarité.

Pourtant, ce qui manque, ce n'est pas seulement une loi, la plupart des entreprises n'appliquant pas celles déjà existantes, mais la volonté politique des pouvoirs publics de les faire appliquer.

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