L'éditorial d'Arlette LAGUILLER : Les dirigeants israéliens en guerre permanente contre les Palestiniens13/10/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/10/une-1683.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Editorial

L'éditorial d'Arlette LAGUILLER : Les dirigeants israéliens en guerre permanente contre les Palestiniens

Une armée ultramoderne contre des jeunes désarmés, des tanks et des hélicoptères de combat contre des jets de pierres, voilà ce qui se déroule dans les territoires palestiniens occupés par Israël.

La police de l'Autorité palestinienne aurait-elle voulu empêcher la révolte généralisée qu'elle n'aurait pas pu. Certains de ses policiers ont tiré sur des soldats israéliens. Mais le fait que les victimes soient presque toutes des Palestiniens civils, voire des enfants, témoigne de la disproportion des forces. Et, pourtant, c'est le Premier ministre israélien qui a lancé un ultimatum, menaçant d'intensifier la guerre menée contre la population palestinienne. Mais l'intensifier comment ? Ils ne peuvent pas massacrer trois millions de Palestiniens !

Sept ans après les accords d'Oslo qui devaient déboucher sur la paix, voilà donc la région de nouveau à feu et à sang. A l'époque, Israël, incapable de venir à bout de l'Intifada, ce soulèvement de la population palestinienne, a accepté de discuter avec Arafat de l'éventualité d'un Etat palestinien. Mais l'unique préoccupation des dirigeants d'Israël et des grandes puissances était d'obtenir qu'Arafat et sa police tiennent leur propre peuple. Et ce prétendu " processus de paix " n'a abouti qu'à une caricature d'Etat palestinien, minuscule, morcelé, entouré de barbelés, une mosaïque de camps de concentration, comme celui de Gaza d'où on ne sort pour aller travailler en Israël qu'avec autorisation.

Et, surtout, ce processus n'a en rien atténué la misère dans laquelle vit, sans espoir d'en sortir, la majorité des Palestiniens. Si la situation est explosive, c'est que, sous les revendications nationales, il y a la révolte contre la misère.

Alors, quoi d'étonnant que ces hommes et ces femmes, qui subissent depuis des dizaines d'années l'occupation israélienne et qui, malgré les discours sur la paix, sont traités comme du bétail qu'on parque ou qu'on refoule, se soient révoltés à la première provocation.

Ehoud Barak, le Premier ministre, qui a couvert la provocation du chef de la droite Sharon, qui a fait tirer à balles réelles sur les manifestants et a envoyé contre eux les chars est un homme qui se prétend de gauche et qui a été élu sur la promesse de faire la paix. Cela nous rappelle quelque chose ici, en France, avec le triste rôle du gouvernement socialiste pendant la guerre d'Algérie.

Les grandes puissances jouent les bons samaritains préoccupés de paix. Les hypocrites ! Ce sont elles qui soutiennent et arment l'Etat d'Israël et appuient sa politique, quand elles ne la dictent pas. Car Israël est depuis ses débuts leur agence au Moyen-Orient. Même maintenant qu'elles font semblant de se démarquer de la répression, Washington n'a pas décrété contre Israël l'embargo qu'il impose depuis des décennies à Cuba avec comme prétexte que Castro ne respecte pas les libertés démocratiques. A plus forte raison, il n'est pas question que les grandes puissances menacent d'envoyer leurs bombardiers - comme elles l'ont fait contre la Serbie - pour obliger Israël à respecter le droit du peuple palestinien à posséder son propre Etat.

Quant aux régimes arabes réactionnaires qui font mine de s'indigner, faut-il rappeler ce " Septembre noir " où l'armée de Jordanie a provoqué un bain de sang dans les camps palestiniens ? Ils craignent tous que la révolte de ce peuple acculé, et dont la jeunesse est prête à affronter à mains nues une armée plutôt que de vivre dans l'oppression et la misère, donne un exemple à tous les peuples opprimés de la région.

Le drame pour les masses palestiniennes, c'est qu'aucun parti ne se bat dans la perspective d'unir le combat de tous les exploités du Moyen-Orient, Israéliens compris, et que leurs révoltes, pour légitimes qu'elles soient, puissent être canalisées vers l'impasse du nationalisme réactionnaire ou de l'intégrisme religieux.

C'est aussi un drame pour le peuple israélien, même si nombreux sont en son sein les inconscients qui approuvent la politique belliciste des dirigeants. Même les geôliers finissent par vivre la peur au ventre. L'avenir est dans l'entente fraternelle des deux peuples, mais elle ne se fera que contre leurs dirigeants respectifs.

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