Roquefort contre Mc Do ou classe contre classe ?07/07/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/07/une-1669.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

Roquefort contre Mc Do ou classe contre classe ?

C'est une gifle bien méritée à tous les tenants de l'ordre que ce rassemblement de près de 50 000 personnes à Millau, venues apporter leur soutien à José Bové et ses camarades syndicalistes paysans jugés pour le " démontage " d'un McDo le 12 août dernier. Pour cette opération spectaculaire mais symbolique, José Bové avait été emprisonné trois semaines et taxé d'une caution exorbitante. Il n'en coûte pas autant aux patrons qui causent des morts par mépris de la législation. On n'a pas vu non plus le PDG de Total Fina subir pareille répression. Ce n'est pas le même tarif pour tous. La justice est bien " de classe " ! Et les dizaines de milliers de manifestants présents à Millau ont donné à leur façon, dans la rue, le verdict populaire qui s'imposait. Et oui, comme Bové l'a plaidé, toute action illégale n'est pas pour autant illégitime.

José Bové et ses camarades ont le soutien manifeste de tous ceux qui en ont assez des scandales de la " malbouffe ", assez des désastres écologiques et qui sentent bien, plus ou moins confusément, que les responsables sont ces trusts de l'agro-alimentaire, de la chimie, du pétrole et autres, qui produisent d'abord et avant tout du fric. Peu importe si leur course au profit empoisonne la planète et ses habitants. Dans certains milieux populaires et petits bourgeois, Bové est certainement devenu un Robin des Bois.

Du coup, nombreux sont les responsables d'associations et de partis politiques qui essaient de récupérer une partie de son " aura ". C'est à qui se rappelle l'avoir le mieux soutenu, le mieux épaulé, le plus fréquenté... durant ces quelque 30 ans de combat, de la lutte antimilitariste du Larzac à la lutte pour une autre agriculture.

José Bové aurait évidemment tort de bouder les soutiens - et son sens politique le conduit à agir ou parler de façon suffisamment vague pour que beaucoup y retrouvent - ou croient y retrouver - leurs petits.

Ainsi - défense de l'agriculture biologique et des produits du terroir obligent - José Bové a des amis chez les Verts. Il les cultive en ne s'en prenant jamais très méchamment à leur politique au gouvernement.

José Bové a également des amis au PC. Son coéquipier François Dufour a brandi à Millau le drapeau de la lutte pour une autre OMC - entendez Organisation mondiale des Citoyens opposée à l'Organisation mondiale du Commerce. Et le mot " citoyen " à lui seul suffit à faire frétiller les partisans de Hue dans le PC.

En défendant le Roquefort contre le hamburger de McDo, José Bové s'attire même sans le vouloir les soutiens envieux d'un Pasqua et d'un Chevènement, en passant par tout ce que la France compte de coquelets gaulois. Mais pour ne pas se voir reprocher d'être franchouillard, il a manifesté à Seattle avec des dirigeants syndicaux américains et a fait venir à la barre des militants tiers-mondistes de toute la planète.

La large mouvance qui soutient Bové a pour dénominateur commun de montrer du doigt la " mondialisation ", un pouvoir prétendu quasi-insaisissable et anonyme, qui présente le gros avantage pour le patronat et l'Etat français de les dégager de toute responsabilité - ou presque. Si bien qu'elle peu englober à la fois des militants et sympathisants du PC, du PS, des Verts voire la partie de l'extrême gauche qui préfère se dire gauche de la gauche. Certains animent ensemble les comités ATTAC qui prétendent pouvoir domestiquer un peu le capitalisme.

Et si une volonté politique générale s'est dégagée du rassemblement de Millau, c'est tout au plus celle de faire pression sur le gouvernement de la gauche plurielle, pour qu'il contribue à rendre l'économie " moins sauvage " et qu'il encourage le " réveil citoyen ". Les organisateurs se sont donné rendez-vous l'année prochaine. Les commerçants, hôteliers et restaurateurs de la petite ville de l'Aveyron s'en félicitent., au grand dam du maire RPR d'aujourd'hui qui ne le sera peut-être plus d'ici un an !

Alors, vive la fête à Millau ! Mais restent les lendemains de fête.

Car les démons de la " mondialisation " ne sont pas si lointains, si éthérés ou insaisissables. Ils ont nom - ici pour ce qui nous concerne directement - Renault ou Alstom qui jettent allégrement d'un bout à l'autre de la planète des dizaines de milliers d'ouvriers au chômage. Ce sont eux qui, par Medef interposé, engagent, aujourd'hui une nouvelle offensive pour réduire à la portion congrue les travailleurs et les chômeurs. Ils s'appellent Crédit Lyonnais ou BNP et ponctionnent ici bien plus les revenus des petits paysans en difficulté que Mac Donald's ou Coca-cola. Et tous ces gros bonnets de l'industrie et de la finance, que semblent avoir oublié un peu vite les manifestants de Millau, touchent toujours davantage d'argent de l'Etat, dirigé par la gauche gouvernementale au grand complet.

José Bové affirme que " la réponse à la logique économique des multinationales "... " passe par une modification des institutions internationales, une réorganisation complète de leur rôle "... " par un processus de transformation "... Tous les réformistes lui font évidemment chorus.

Nous persévérons à penser qu'à la base de toutes les injustices et les inégalités se trouve le mode de production capitaliste lui-même, fondé sur l'exploitation salariée. Que tous les hommes ne sont pas " citoyens " mais qu'il reste une lutte de classe qui oppose prolétariat et bourgeoisie. Et que le " respect des droits fondamentaux de la personne face à la toute puissance de l'argent " qu'appellent de leurs voeux les " anti-mondialisation " ne sera une réalité que lorsque les travailleurs des villes et des campagne, au terme d'une révolution planétaire, auront annihilé le pouvoir économique des actionnaires et PDG des multinationales - au premier rang desquelles celles qui sévissent dans notre propre pays.

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