Grande-Bretagne : Après les élections municipales12/05/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/05/une-1661.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Grande-Bretagne : Après les élections municipales

Trois ans, presque jour pour jour, après le retour des Travaillistes britanniques au pouvoir, les élections municipales du 4 mai ont marqué un nouveau désaveu pour la politique d'austérité du gouvernement de Tony Blair.

Poursuivant la tendance générale depuis des années, l'abstention a encore augmenté cette année, atteignant 71 % des inscrits, contre 65 % en 1996 et 54 % en 1992, lors des deux derniers scrutins comparables à celui de cette année (en Grande-Bretagne le renouvellement des mandats de conseillers municipaux est étalé sur quatre ans au travers d'élections partielles qui ont lieu chaque année en mai). Et comme dans les scrutins précédents - mais de façon encore plus marquée cette année - l'abstention a battu tous les records dans les bastions ouvriers traditionnels du Parti Travailliste.

Au bilan les Travaillistes auront perdu cette année près d'un tiers des sièges qu'ils remettaient en jeu (573 sur 1688) tandis que les Conservateurs en ont gagné 593. Et de nouvelles villes ouvrières, que les Travaillistes dirigeaient depuis des décennies, sont passées aux mains des Conservateurs, comme par exemple Bradford, la vieille capitale du textile.

Mais au-delà de ce revers cinglant pour Blair, le fait le plus marquant du scrutin de cette année aura été l'élection de la municipalité du Grand Londres et surtout celle de son maire.

Depuis la dissolution en 1987 du Conseil du Grand Londres par Thatcher, parce qu'elle le jugeait trop indépendant, la capitale était administrée par les municipalités de quartier, sans coordination réelle. C'est ce qui a conduit Blair a réssusciter le Conseil du Grand Londres, dépourvu néanmoins des pouvoirs et de l'indépendance que Thatcher avait eu tant de mal à lui retirer.

Le nouveau Conseil du Grand Londres est donc un organe sans pouvoir de décision dont le seul rôle est d'exercer un certain contrôle sur un maire, élu par ailleurs au suffrage universel, qui, lui, dispose des pouvoirs de décision et d'exécution, mais dans un cadre assez limité, puisque son budget est fixé par le gouvernement et sa compétence restreinte à un rôle de coordination pour les municipalités de quartier, les transports, la police, les pompiers, le tourisme et la culture.

Sans doute Blair n'a-t-il pas envisagé que ce nouveau maire puisse lui créer des problèmes, puisque traditionnellement les Travaillistes ont la majorité des voix à l'échelle du Grand Londres. Mais c'était sans compter avec l'ancien leader travailliste du Conseil du Grand Londres des années 1980, Ken Livingstone, qui a vu là l'occasion de retrouver une place sur la scène politique, après treize années de silence sur les bancs du Parlement. Or ce démagogue roublard doublé d'un aventurier, enclin à soigner sa propre publicité sans se soucier des conséquences, ne faisait pas du tout l'affaire de Blair, qui voulait au contraire un maire obéissant qui ne ferait pas de vagues.

Il s'en est suivi une longue saga, au cours de laquelle l'appareil travailliste a usé, au vu et au su de toute la population, de toutes les magouilles possibles et imaginables pour empêcher Livingstone d'être choisi par les adhérents travaillistes de Londres comme candidat officiel à la mairie. Ces magouilles ont d'ailleurs marché, bien que de justesse, et un ancien ministre incolore et inodore, Frank Dobson, a été désigné. Du coup, sans avoir à se compromettre en défendant une politique bien définie, Livingstone a pu apparaître comme un politicien capable d'inquiéter réellement le gouvernement sans pour autant être associé aux Conservateurs. Et ce d'autant plus que la presse réactionnaire ne se privait pas d'invectiver Livingstone en le désignant comme " Red Ken " (Ken le Rouge), comme au beau temps des années 1980, lorsqu'il recherchait le soutien de l'aile gauche travailliste par un " radicalisme " fait surtout de gestes symboliques. Il est vrai que ces invectives ne manquent pas de sel quand on sait que, justement, Livingstone a fini par adopter comme couleur le... violet, mélange du rouge traditionnel des Travaillistes et du bleu du Parti Conservateur...

Du coup, sur la base de sondages d'opinion qui le donnaient vainqueur haut la main au cas où il se présenterait en candidat indépendant, Livingstone a franchi le Rubicon et posé sa candidature (ce qui lui a valu l'exclusion immédiate du Parti Travailliste, bien sûr). Et c'est lui qui a effectivement remporté l'élection, avec une majorité moins large que prévue il est vrai, mais néanmoins avec trois fois plus de voix que le candidat travailliste.

Au vu des chiffres, on peut dire qu'environ la moitié de la fraction travailliste de l'électorat qui a participé au vote... a voté pour Livingstone. Et il est certain qu'une grande partie des électeurs de Livingstone ont cru pouvoir manifester ainsi leur opposition à la politique antiouvrière de Blair.

Mais dans cette affaire, Livingstone a trompé bien des gens et créé bien des illusions. Il a réussi à infliger une défaite personnelle à Blair, qui lui permet de se placer sur l'échiquier politique. Mais, en dehors de quelques réserves soigneusement cultivées pour faire illusion, Livingstone n'est pas et n'a jamais été un opposant de la politique de Blair. Il n'a pas d'autre perspective à offrir aux travailleurs que celle de baisser la tête devant les attaques de la bourgeoisie. Reste à savoir s'il fera longtemps illusion.

Partager