Analphabétisme : Un fléau perpétué par le capitalisme05/05/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/05/une-1660.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Analphabétisme : Un fléau perpétué par le capitalisme

Les 27 et 28 avril dernier, l'UNESCO a tenu un forum sur l'éducation à Dakar. Actuellement, le monde compte encore 900 millions d'analphabètes, particulièrement en Afrique noire et en Asie du Sud. Etant donné les richesses et les moyens dont dispose la planète, cette situation est proprement scandaleuse.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Plus de 113 millions d'enfants, dont près des deux tiers sont des filles, n'ont aucun accès à l'enseignement primaire. Et cette situation n'a quasiment pas bougé depuis dix ans. Lors de la même conférence tenue en 1990, les congressistes avaient prétendu scolariser tous les enfants pour l'an 2000 et réduire massivement l'analphabétisme des adultes. En dix ans, le nombre des enfants non scolarisés n'auraient baissé que de 14 millions, soit un peu plus de 10 %. On est donc très loin des belles paroles dont s'étaient gargarisés les congressistes, il y a dix ans.

Quel que soit l'angle selon lequel on la prenne, cette situation est d'autant plus révoltante qu'elle se combine avec d'autres discriminations. Ainsi, les filles sont plus lourdement pénalisées que les garçons, puisque dans les pays prétendus " en développement ", selon le vocabulaire hypocrite en vogue, les filles restent moins scolarisées que les garçons.

Les congressistes ont leurs explications : le poids des préjugés et des traditions qui relèguent les filles aux tâches ménagères. Le retard de certains pays d'Afrique et de l'Asie du Sud est attribué, selon les cas, aux guerres civiles, au paludisme ou sida, tous facteurs aggravants. En Zambie, par exemple, 600 enseignants seraient morts du sida en 1997 et plus de 1300 en 1999.

Certes tous ces fléaux ne contribuent pas à mettre sur pied une éducation digne de ce nom. Quand des masses d'hommes, de femmes, d'enfants sont jetés sur les routes par des conflits ou des catastrophes naturelles, cela rend les conditions d'enseignement bien difficiles.

Mais le forum ne fait qu'effleurer les causes profondes du mal. Quand on prétend en finir avec l'analphabétisme, il faut se donner les moyens d'attaquer le mal à la racine, c'est le sens même des mesures radicales. Et pour rattraper le mal fait dans le passé par la colonisation, et ensuite la crise économique qui a fait plonger la plupart des pays du Tiers Monde dans la misère, il faudrait aujourd'hui mettre les bouchées doubles.

Les congressistes de l'UNESCO n'apprennent même pas de leurs propres pronostics erronés, puisqu'ils prétendent maintenant en finir avec l'analphabétisme en 2015. On peut déjà prédire que dans quinze ans, si la classe ouvrière n'en a pas fini avec l'impérialisme, la situation n'aura pas beaucoup avancé et elle pourrait même empirer.

Car les populations frappées par l'analphabétisme sont les mêmes que celles qui sont victimes de la misère et celle-ci ne tombe pas du ciel, elle découle de la domination impérialiste, c'est-à-dire le fait qu'une poignée de grandes entreprises accaparent l'essentiel des richesses du monde, avec l'aide de leurs différents Etats nationaux, autant dire qu'apporter l'alphabet, l'éducation ou la culture à des populations déshéritées leur importe bien peu. Elles sont surtout sensibles à la progression de leur profit.

Et le coût de l'alphabétisation n'y est pour rien. Selon les ONG, il faudrait consacrer l'équivalent d'environ 36 milliards de francs par an pour parvenir à la scolarisation universelle, c'est-à-dire fort peu de choses en comparaison des profits des très grandes entreprises. Et c'est ce qui rend d'autant plus rageants la domination impérialiste et les commentaires impuissants des institutions du type UNESCO.

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