Routiers : Gayssot et le gouvernement du côté du patronat04/02/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/02/une-1647.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Routiers : Gayssot et le gouvernement du côté du patronat

La prétendue loi des 35 heures est en train de servir de révélateur de la situation réelle des transporteurs, ainsi que de l'hypocrisie gouvernementale.

En effet, une application sans tricherie des 35 heures, cela ferait sept heures par jour, cinq jours par semaine. Pour un mois de trente jours, en excluant huit jours de week-end, il y a 22 jours travaillés, soit en principe 154 heures par mois, ou 161 pour un mois de 31 jours.

Or l'accord qu'a conclu Gayssot avec le patronat routier, à la suite de la grève et des barrages de ce dernier il y a trois semaines, prévoit 220 heures de travail par mois pour les routiers longues distances et 208 pour les autres. On est donc à plus de 50-60 heures au-delà de ce que serait une véritable application des 35 heures. Lorsqu'on invoque les 35 heures à ce propos, c'est pure hypocrisie.

Cependant Gayssot présente l'accord conclu avec les patrons, et sanctionné par un décret, comme une réduction effective de la durée du travail des routiers. Il reconnaît par là que les transporteurs effectuent actuellement bien davantage que les 208-220 heures de l'accord. Combien au juste ? On n'en sait rien : en dépit des statistiques publiées ici ou là, le temps de travail qui dépasse l'horaire légal n'étant bien évidemment pas déclaré ne peut être qu'estimé.

Cela signifie en tout cas que cette situation, qui dure depuis de longues années, et qui s'est semble-t-il aggravée, au mépris de toute légalité et de toute sécurité routière, est parfaitement connue et tolérée des autorités.

Les contrôles épisodiques de la gendarmerie, et ceux encore bien plus épisodiques des inspecteurs du travail, et les rarissimes amendes ne sont là que pour la galerie et n'empêchent quasiment aucune fraude au surtravail.

La manoeuvre patronale

Pour se prémunir contre les inconvénients d'une quelconque baisse des horaires de travail, et en agitant la menace parfaitement fictive des 35 heures, le patronat a fait grève avant l'application de la loi dans la profession. Il a ainsi obtenu une modération dans la réduction des horaires de travail. Et encore, sur le papier, car personne ne peut affirmer que dans quelques jours ou quelques semaines les horaires illégaux ne continueront pas exactement comme aujourd'hui.

Seulement cette réduction du temps de travail des salariés, le patronat ne veut pas la payer, et il l'a aussitôt répercutée en diminuant les rémunérations des transporteurs salariés. Du coup ces derniers sont doublement lésés. D'une part ils continuent de faire des horaires déments, car 220 heures de conduite en 22 jours, cela fait exactement 10 heures par jour, et cela fait encore près de neuf heures et demie pour ceux qui sont à 208 heures ! Et d'autre part leur salaire en prend un coup !

L'accord Gayssot-patronat s'est donc fait sur le dos des salariés, et si le décret a été pris par avance, c'est dans le but de le " verrouiller " pour empêcher toute contre-offensive salariale.

Et par-dessus le marché, le patronat du routier doit recevoir des aides de l'Etat, comprises entre 15 000 et 21 500 francs par salarié et par an, pour compenser cette " douloureuse " opération, ainsi que, rappelons-le, des compensations fiscales à la hausse des tarifs du gazole.

Quelqu'un osera-t-il prétendre que le ministre PCF des Transports, en plein accord avec le gouvernement bien entendu, n'est pas cul et chemise avec les patrons ?

La riposte des salariés et l'attitude de l'Etat

Une partie des salariés a donc décidé, lundi 31 janvier et mardi 1er février, de faire exactement comme les patrons il y a trois semaines : grève et barrages filtrants qui laissent passer les automobiles mais bloquent les camions.

En tout cas Gayssot a aussitôt tenté une manoeuvre - des plus classiques dans ce genre de situation - en proposant une réunion avec les syndicats pour le 8 février, ainsi que la création d'un " observatoire " sur la réduction du temps de travail. Sur ces promesses de discussion les barrages ont commencé à être levés et les représentants syndicaux discuteront ainsi sans doute en l'absence de pression des salariés.

En ce qui concerne les patrons, le même Gayssot avait négocié sans attendre et cédé sur à peu près tout ce que ceux-ci réclamaient.

Et s'il y a une chose certaine, c'est que les routiers salariés auront infiniment plus de mal cette fois-ci, car ils ont contre eux à la fois le patronat et le gouvernement pas du tout " pluriel " dans son attitude, même s'agissant du ministre des Transports PCF Jean-Claude Gayssot.

Partager