Transports urbains : Un nouveau partage du fromage26/11/19991999Journal/medias/journalnumero/images/1999/11/une-1637.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Transports urbains : Un nouveau partage du fromage

Dans la plus grande discrétion vis-à-vis des usagers, la CGEA, filiale de Vivendi (ex-Générale des Eaux) compte passer de la troisième place à la première dans l'exploitation des réseaux de transports publics urbains en France, en étendant son emprise à une quarantaine de villes supplémentaires.

C'est que, parmi les réseaux de transports urbains, un sur neuf seulement est géré directement par les communes. Les autres le sont par des sociétés d'économie mixte ou, pour la grande majorité, par des sociétés à capitaux entièrement privés appartenant à trois grands groupes. Jusqu'à présent, Via, filiale de Paribas-BNP, constituait le plus gros de ces groupes, suivi de Transdev, filiale de la Caisse des dépôts puis de CGEA, filiale de Vivendi. Les communes qui leur concèdent leur réseau de transport leur garantissent non seulement une subvention pour qu'ils rentrent dans leurs frais, mais aussi un confortable bénéfice.

Cette galette vient d'être repartagée en faveur de la CGEA, par l'entremise de la SNCF, qui joue dans l'affaire un rôle de courtier. En effet, Paribas-BNP vend Via à la SNCF ; au passage, les actionnaires de la banque bénéficient d'un gain important, le cours des actions Via ayant grimpé ces dernières années. Cependant, il y avait un accord entre la SNCF et la CGEA, tenu secret jusqu'à la vente des actions : parmi les 88 réseaux de Via récupérés par la SNCF (dont Lille et Lyon), celle-ci n'en exploitera que la moitié par sa filiale Cariane, l'autre moitié tombera dans l'escarcelle de Vivendi par l'intermédiaire de la CGEA.

Les tractations se sont faites dans l'ombre. L'information a été donnée après coup par le journal Les Echos. Pour se justifier de ne pas avoir mis dans le coup les élus des villes en question, la CGEA explique qu'elle ne pouvait le faire étant donné que Via est cotée en Bourse : les élus mis au parfum auraient alors dû répondre d'un délit d'initié !

Et si les élus n'ont pas eu leur mot à dire sur cette opération entre deux requins auxquels ils ont confié le soin de rouler les usagers, autant dire que les travailleurs et les usagers eux-mêmes n'ont pas du tout le droit à la parole. Il serait pourtant tout à fait légitime de demander des comptes à ces grosses sociétés qui, dans les domaines de l'eau, des ordures, de la voirie, des aménagements, des transports, etc., pompent les finances locales depuis des années, alors que cet argent serait bien nécessaire pour embaucher directement le personnel qui fait défaut dans tous ces services. Ceux qui cherchent un emploi y gagneraient, mais aussi la collectivité qui n'aurait pas à engraisser les gros trusts avec ses impôts.

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