Quand "Libération" prend ses idées pour celles des autres22/10/19991999Journal/medias/journalnumero/images/1999/10/une-1632.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Quand "Libération" prend ses idées pour celles des autres

Le succès de la manifestation du 16 octobre a donné des boutons à quelques journalistes, non seulement de droite, mais aussi à nombre de ceux qui sont liés à la social-démocratie.

Libération est un bon exemple de ce dernier cas, et n'a d'ailleurs pas craint le ridicule de se contredire d'une colonne sur l'autre. Il reconnaît, sous la plume de Jean-Michel Thénard, que si le PCF " a de moins en moins d'électeurs, il a encore des manifestants ", mais c'est pour ajouter aussitôt fielleusement : " Par beau temps. Combien, une fois retiré ceux de LO, de la LCR, du MDC, des Verts ? Un certain nombre. Cela ne fait pas forcément de beaux restes, mais on ne les lui chipotera pas. Au contraire ".

Quel dommage que ce rédacteur n'ait pas vu dans son journal un article côtoyant le sien, où l'on pouvait lire : " les Verts ont eu du mal à trouver leur place. D'abord parce qu'ils étaient à peine 200, un peu plus que les membres du MDC... ". Les militants de LO et de la LCR étaient certes nettement plus nombreux. Mais ces deux organisations ne constituaient qu'un peu plus de 15 % du cortège. Autant dire que même en tenant compte des Verts et du MDC, les militants du PCF (dont beaucoup étaient aussi membres de la CGT) représentaient plus de 80 %, voire près de 85 %, de la manifestation.

Car si le PCF a beaucoup reculé en vingt ans sur le terrain électoral, il a gardé une implantation sociale et une capacité de mobilisation incomparablement plus grandes que celles de l'extrême-gauche, et a fortiori des partis comme le MDC ou les Verts. Cela déplaît à Libération. Mais Jospin, lui, en est parfaitement conscient, qui souhaite visiblement attacher le plus longtemps possible le PCF au char gouvernemental.

Quant à notre choix de participer à cette manifestation, Libération n'hésite pas, pour en parler, à prendre quelques libertés avec la vérité. " Lutte Ouvrière a laissé tomber ses préventions habituelles contre le dialogue avec une autre formation politique pour s'engager dans des discussions préparatoires avec les responsables de la place du Colonel Fabien " écrit ainsi Christophe Forcari. Mais Lutte Ouvrière a dialogué avec bien des organisations, dont la LCR, ou feu le PSU, à une époque où Christophe Forcari suçait peut-être encore son pouce. Et si pendant longtemps aucune discussion n'a été possible avec les responsables du PCF, ce n'est certainement pas de notre fait.

Christophe Forcari n'hésite d'ailleurs pas, pour enrichir son récit, à nous prêter des propos qui n'ont jamais été tenus. Il fait ainsi dire à notre camarade Jean-Pierre Vial, qui avait critiqué dans nos colonnes l'attitude de la confédération CGT : " Qui n'est pas avec nous est contre nous ", tout cela avec les caractères italiques et les guillemets de rigueur pour authentifier une citation. Il est pourtant facile de vérifier dans Lutte Ouvrière que cette phrase n'a jamais été écrite à propos de cette manifestation, par quelque rédacteur que ce soit.

Dans la même veine, il attribue à " un des membres du bureau politique de la LCR " des propos présentant les militants de LO comme des gens qui ont pour habitude, dans les manifestations de prendre " ce qu'il y a à prendre ", en lui faisant ajouter " mais c'était toujours les mêmes qui préparaient la bouffe ". Si de tels propos ont effectivement été tenus, ce ne pourrait être que par un adversaire, qui plus est irresponsable, de la collaboration LO-LCR. Mais on peut raisonnablement penser que cette citation était de la même eau que celle attribuée à Jean-Pierre Vial (Cf. le texte du fax que la LCR nous a fait parvenir à ce propos).

Mais la fausse citation ne doit pas être le seul don de Christophe Forcari. Il doit aussi être télépathe, puisqu'il écrit en conclusion de son article : " L'extrême gauche s'est retrouvée en tête à tête avec le PCF. Avec au soir de cette journée de manifestation le sentiment d'avoir servi de caution de gauche au parti de la place du Colonel Fabien ". C'est évidemment le droit de Forcari de penser que nous avons joué ce rôle de caution. Mais sur quelles bases objectives peut-il affirmer à ses lecteurs que l'extrême gauche a éprouvé ce sentiment ?

Manque de sérieux intellectuel ? Professionnel ? Ce sentiment-là, il est évident que nous l'avons.

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