Enseignement : des réformes contre les élèves

07 Février 2024

Mardi 6 février, les enseignants étaient à nouveau appelés à la grève contre les réformes en cours et le blocage des salaires.

Depuis décembre 2023, le ministre de l’Éducation de l’époque, Gabriel Attal, a lancé une série de projets dont les conditions sont en cours d’élaboration.

Se servant des résultats de l’enquête Pisa censée mesurer l’évolution du niveau des élèves dans les matières de base, Attal a décrété une série de mesures d’inspiration réactionnaire comme le port de l’uniforme, l’apprentissage de la Marseillaise aux enfants et la généralisation du service national universel (SNU). Cela ne résoudra aucun problème de harcèlement ou de discipline, mais créera juste l’illusion d’un retour à l’ordre. Et, à côté de ces mesures en partie symboliques, c’est le renforcement du tri social et de la compétition à l’école qui se profile.

Pour le primaire, l’ex-ministre a défini des méthodes d’apprentissage. Seuls les manuels qui suivent les recommandations du ministère seraient labellisés. En collège et au lycée professionnel, des classes de niveau seront mises en place pour le français et les mathématiques. Les élèves seront affectés à une classe et à un groupe de niveau. Une classe spécifique, une pré-seconde, est prévue pour ceux qui n’auront pas obtenu le brevet.

Si, en décembre, le ministre annonçait des efforts budgétaires, aujourd’hui la réforme se construit en réduisant toutes les heures possibles pour l’appliquer à moyens constants. Ainsi une heure est récupérée sur la sixième. L’heure de groupe prévue en fonction des difficultés des élèves, qui avait remplacé l’heure de technologie, toujours en sixième, disparaît. L’augmentation des heures consacrées à l’éducation civique et morale se fait au détriment de celles d’histoire et géographie. Ainsi, tout est en trompe-l’œil et ce qui est annoncé comme un progrès est en fait une dégradation. Il n’est même pas prévu de limiter à quinze élèves les groupes de niveau qui, selon les choix des établissements, pourront en regrouper plus de vingt.

Outre la complexité du système mis en place et les multiples difficultés pratiques, ces méthodes rencontrent l’opposition du personnel d’éducation, et parfois des jeunes eux-mêmes. Elles aboutiront à parquer les élèves dans un statut d’élève en difficulté, même s’il est prévu qu’ils puissent changer de groupe en cours d’année.

L’ensemble de ces mesures va amplifier encore l’élitisme du système scolaire en renforçant le tri des élèves. Elles permettront de consacrer moins d’argent à l’école publique. Mais les ministres successifs savent présenter une régression comme un progrès au nom de la réussite des jeunes !

Inès Rabah