Eau minérale : pas si transparente

07 Février 2024

Un nouveau scandale alimentaire a été mis au jour grâce à une enquête des journalistes de la cellule investigation de Radio France et Le Monde, mettant en cause des traitements interdits de l’eau en bouteille.

En effet il apparaît que cette eau, censée être « naturellement pure » en général, ne l’est pas : les sources étant de plus en plus altérées, la pureté ne peut être obtenue que par des traitements plus ou moins fiables.

Tout a commencé fin 2020 par une enquête sur la société Alma, commercialisant l’eau Cristaline, dont un employé, lanceur d’alerte, avait révélé les procédés suspects. Les enquêteurs de la répression des fraudes découvrirent plusieurs pratiques qu’ils qualifièrent de « frauduleuses » telles que « les mélanges d’eaux non autorisés, l’adjonction de gaz carbonique, la filtration aux UV, etc. », souvent grâce à des dispositifs dissimulés sous des carters pour échapper aux contrôles.

De fil en aiguille, l’enquête s’est élargie à d’autres entreprises, les enquêteurs soupçonnant bien d’autres sociétés, voire la quasi-totalité d’entre elles, des mêmes pratiques d’ordinaire réservées à l’eau du robinet et interdites pour l’eau minérale, qui est vendue cent fois plus cher en moyenne que l’eau domestique.

En août 2021, les responsables du trust Nestlé Waters, adepte des mêmes procédés pour les eaux de Vittel, Contrex, Hépar, Perrier… se sentant dans le collimateur, demandèrent un rendez-vous au gouvernement, entre autres à Bruno Le Maire. Il ne s’agissait pas de faire un mea culpa : Nestlé voulait pouvoir poursuivre ses pratiques, sous prétexte de protéger l’emploi de milliers de salariés dans ses différentes usines. En 2023, le gouvernement céda et autorisa la microfiltration, par un arrêté très technique et discret. On ne refuse rien au patronat !

Pourtant en juillet 2022, le rapport d’une nouvelle enquête de l’IGAS décidée par le gouvernement alertait aussi les autorités sur un éventuel risque sanitaire. Il précisait en effet que, malgré une conformité générale des eaux en bouteille, « la mise en place d’une microfiltration sur des eaux non conformes pourrait exposer les consommateurs (…) à l’ingestion de virus qui ne seraient pas retenus par le filtre ».

Le rapport n’est pas encore public, on n’en connaît que les extraits révélés par l’enquête des journalistes. Il a fallu ce scandale pour que la présidente de Nestlé Waters déclare le 29 janvier au journal Les Echos : « Toutes nos opérations sont désormais conformes et il est important pour nous de faire toute la transparence pour nos consommateurs ».

Mais en l’occurrence, le plus transparent est la complicité du gouvernement et le silence des autorités chargées de contrôler les industriels avec, entre autres, l’un des trusts les plus compromis dans les scandales sanitaires.

Sylvie MARÉCHAL