Logement indigne : État coupable

31 Janvier 2024

Une loi se discute à l’Assemblée à propos du « logement indigne ». Elle prétend cibler les marchands de sommeil en facilitant leur expropriation. Mais est-ce uniquement ceux-là qui seront visés ?

Si beaucoup doivent se loger dans des habitats insalubres, c’est avant tout parce que les logements salubres manquent. En 2018, l’effondrement de trois immeubles rue d’Aubagne à Marseille, avait causé la mort de huit personnes. Cela avait profondément choqué la population, qui l’avait montré quelques jours après lors d’une manifestation imposante. Car il était de notoriété publique que ces immeubles étaient des taudis, même si les loyers n’étaient pas bon marché. Un jeune Comorien avait témoigné qu’il payait 380 euros par mois pour sa chambre.

Ce genre d’habitation existe dans toutes les grandes villes et les villes de banlieue. Cette loi prétend s’attaquer au problème en facilitant l’expropriation des propriétaires. Mais qu’envisage-t-elle pour les locataires qui seront en fait les premiers expulsés ? Si des familles se retrouvent à se loger ainsi, c’est justement parce qu’elles n’ont pas d’autre possibilité.

Si des vautours s’enrichissent ainsi sur le dos de travailleurs, on compte aussi parmi les propriétaires de logements insalubres, des travailleurs qui ne sont pas du tout des marchands de sommeil.

Depuis des années, l’État avance le mirage de l’accession à la propriété. Des bailleurs sociaux ont vendu assez cher à des locataires l’appartement dans lequel ils habitaient. En se désengageant, ils ont ainsi laissé se dégrader des barres entières d’immeubles, sachant parfaitement que les nouveaux propriétaires n’auraient pas les moyens de payer les charges d’entretien, notamment celles des ascenseurs. En 2017, un incendie dans la cité du Chêne Pointu à Clichy-sous-Bois en région parisienne avait, pour un court instant, pointé les caméras sur ces immeubles de « propriétaires » qu’un ancien maire de la ville qualifiait de « bidonvilles verticaux » : sur seize ascenseurs quatre seulement étaient en fonctionnement. La loi va-t-elle permettre d’exproprier plus facilement ces gens, en les obligeant à vendre leur appartement à bas prix ?

En réalité, ce qui se concocte ne résoudra rien. Et comme, par ailleurs, l’État n’envisage absolument pas de prendre en charge la construction de logements sociaux en quantité suffisante, cela sera une nouvelle attaque contre les plus pauvres.

Pierre ROYAN