La Réunion : le cyclone frappe plus les pauvres

24 Janvier 2024

Belal, le premier cyclone de l’année, a frappé l’île de La Réunion du lundi 15 au mercredi 17 janvier. Un tiers de la population, soit 150 000 foyers, ont été privés d’électricité et d’eau pendant plusieurs jours suite aux dégâts causés par les vents violents.

Le cyclone, moins violent que prévu, a tout de même provoqué la mort de trois sans-abri et d’une femme intoxiquée par le monoxyde de carbone dû à son groupe électrogène.

Samedi 20 janvier, plus de 10 000 personnes attendaient toujours le retour du courant. Les arbres non élagués tombés sur le réseau électrique et la mauvaise qualité des poteaux sont à l’origine de la plupart des coupures de courant. La direction du centre EDF Réunion est en partie responsable, elle qui a décidé de supprimer ses équipes de monteurs élagueurs pour sous-traiter ce travail au moindre coût.

Invités à « prendre patience » les habitants de certains quartiers, privés d’électricité pendant trois jours et plus, ont réagi. Au Chaudron à Saint-Denis, certains ont décidé de barrer leur avenue très passante, obligeant la direction d’EDF à les dépanner dans la journée. D’autres, à Saint-Benoît, ont érigé des barrages pour faire pression. Non seulement vivre sans eau pendant plusieurs jours est compliqué, mais beaucoup ont perdu la nourriture stockée pour le mois dans leur congélateur…

À Saint-Paul, ceux du quartier de l’Étang Saint-Paul se sont retrouvés inondés du fait du débordement de la ravine La Plaine comme en 2002. Cette situation n’est pas fatale. L’endiguement de cette ravine protégerait les habitants de ces submersions et des dégâts causés à leur case, à leur mobilier à leurs appareils ménagers.

Le maire PLR (ex-PCR) de Saint-Paul, Emmanuel Séraphin, leur a répondu que ces travaux étaient prévus d’ici... dix à vingt ans ! Quant à Darmanin, « venu constater sur place les dégâts du cyclone », il ne s’est engagé sur rien et son voyage a été une simple « mascarade », comme l’a clamé une habitante sur son passage.

Pour les travailleurs du privé, les deux jours non travaillés du fait du cyclone ne seront simplement pas payés. Mais le plus dur est à venir pour le porte-monnaie des familles de travailleurs et pour les agriculteurs. La production de fruits et de légumes est compromise pour plusieurs mois. Cela va entraîner une hausse des prix importante et durable.

La saison des cyclones ne fait que commencer. Les plans pour en réduire les conséquences ne voient pas le jour. Investir dans la prévention, l’élagage, l’endiguement, le curage des cours d’eau, sans parler de constructions adaptées au climat, sont des mesures qui ne présentent aucune difficulté technique. Le seul obstacle est cette organisation sociale qui multiplie les effets dévastateurs de toutes ces catastrophes.

Charlotte Dauphin