Guyane : face à la fermeture d’une cantine

24 Janvier 2024

Jeudi 11 janvier, 150 personnes ont manifesté à l’appel des associations de parents d’élèves des écoles de Kourou, en Guyane. Elles protestaient contre la décision de la mairie de fermer la cantine centrale jusqu’en juin 2024. Les travaux de rénovation prévus laisseraient les enfants sans repas et les parents sans solution.

Cette décision aberrante n’est pas dictée par une urgence soudaine, une catastrophe ponctuelle qui aurait endommagé les installations. Au contraire, la cuisine centrale est en travaux depuis plusieurs années et les problèmes ne datent pas d’hier. Mais, si les enfants ne s’étaient pas plaints à leurs parents de manger froid, voire congelé, ou de n’avoir droit qu’à des sandwichs, la mairie aurait continué à encaisser les chèques pour la cantine sans lever le petit doigt. Mis face à ses responsabilités et devant l’ampleur des problèmes, le maire a finalement décidé de fermer la cantine, mais sans mettre en place aucune alternative.

La mobilisation et la détermination des parents, illustrées par la manifestation du 11 janvier, ont finalement obligé le maire à annoncer la réouverture de la cantine fin janvier, avec un nouveau prestataire. Les parents ont aussi obtenu un accord de principe sur le remboursement de la facture de cantine de décembre. Tout n’est pas réglé cependant : le maire a par exemple évoqué le risque que tous les enfants n’aient plus accès à la cantine à la rentrée prochaine.

Cette situation montre la gestion catastrophique du budget de la municipalité, mais elle révèle aussi les moyens dérisoires de la restauration scolaire en Guyane. Si Kourou ou Cayenne ont des cantines centrales, ce n’est même pas le cas ailleurs. À Saint-Laurent-du-Maroni, au nord-ouest de la Guyane, les élèves de maternelle et de primaire n’ont classe que le matin faute de cantine centrale pour les nourrir le midi. Dans les lycées, ce sont souvent des groupes capitalistes comme Sodexho qui fournissent les cantines, qui accueillent en plus les collégiens demi-pensionnaires.

À Kourou, les parents ont eu une bonne illustration de la folie de cette société qui permet que, dans la ville même où des moyens considérables sont déployés pour explorer l’espace, les enfants n’aient pas de quoi déjeuner correctement à l’école.

En Guyane, de grandes familles capitalistes, parmi lesquelles des békés des Antilles, réalisent des millions d’euros de bénéfices et l’État français est aux petits soins pour eux, comme pour la base spatiale de Kourou, se fichant bien des besoins de la population. Heureusement, celle-ci sait se défendre.

Correspondant LO