Franchises médicales : une attaque de plus

24 Janvier 2024

C’était dans l’air depuis des mois, mais ça y est, c’est décidé, d’ici la fin du mois de mars la franchise médicale sur chaque boîte de médicaments prescrite par le médecin va doubler, passant de 50 centimes à 1 euro, qui ne sera pas remboursé et tombera dans les caisses de l’État.

Macron avait annoncé la couleur lors de sa conférence de presse quand, avec tout le mépris de nanti qui le caractérise, il avait répondu à un journaliste qui lui posait la question : « Au moment où je vois ce que nos compatriotes peuvent dépenser pour les forfaits de téléphonie, la vie quotidienne, se dire qu’on va passer de 50 centimes à 1 euro pour une boîte de médicaments, je n’ai pas le sentiment qu’on fait un crime terrible. » Et d’ajouter : « Je pense que c’est une bonne mesure. Cela responsabilise, il faut responsabiliser sur la consommation de médicaments. ».

L’argument n’est pas nouveau. Il prévalait déjà en 2008, sous Sarkozy, quand les franchises furent inventées. Il était alors question de boucher le trou de la Sécurité sociale et, déjà, en « responsabilisant » les assurés sociaux. Comme si un diabétique, un hypertendu ou toute autre personne atteinte d’une quelconque maladie allait surconsommer le médicament prescrit par son médecin comme d’autres se gobergent en surconsommant des mets de luxe dans les restaurants huppés.

À la fin du mois de mars, la somme non remboursée sur chaque boîte de médicament prescrite, passera donc à 1 euro ainsi que le reste à charge pour les soins infirmiers et les séances de kinésithérapie. Ensuite, début juin, les franchises sur les consultations médicales et les analyses biologiques passeront de 1 à 2 euros et celles pour les transports sanitaires de 2 à 4 euros.

Et alors ?« On a une des médecines les plus socialisées du monde », proclame Macron. Ce que ses semblables en d’autres temps formulaient et formulent encore en parlant d’un système de santé « extrêmement généreux », d’une médecine et de médicaments « pratiquement gratuits ». Mais c’est une propagande totalement mensongère. L’intégralité du financement de l’Assurance maladie repose sur les travailleurs. Ce sont eux qui produisent tout ce qui est versé sous forme de cotisations, qu’elles soient salariales ou dites patronales.

Il faut vraiment tout le mépris d’un représentant des grands bourgeois pour affirmer que le doublement des franchises est « une bonne mesure » et qu’il n’y a en quelque sorte pas de quoi fouetter un chat.

Il est au contraire évident que multipliées par le nombre de patients dans une même famille, ces franchises peuvent atteindre une somme suffisamment importante dans le budget familial pour qu’elle contraigne à renoncer aux soins. C’est une attaque de plus contre le pouvoir d’achat des classes populaires et contre la santé des plus pauvres.

Sophie GARGAN