Fret SNCF : les liquidateurs à l’œuvre

17 Janvier 2024

Dans ses vœux aux cheminots, le PDG de la SNCF, Farandou, s’enthousiasme d’avoir en 2023 « battu des records avec 24 millions de personnes dans nos trains ». Cela s’est en effet traduit par une hausse vertigineuse du chiffre d’affaires et des profits puisque la SNCF en a profité pour augmenter les prix durant les périodes d’affluence.

L’Insee relevait cet été une augmentation moyenne annuelle du prix des billets de plus de 8 %. Le record des 2,2 milliards de profits en 2022 va sans nul doute être pulvérisé en 2023. Mais dans ses trois pages de vœux, le même Farandou n’a pas pu souhaiter aux cheminots la même prospérité. Et pour cause : la SNCF n’a proposé qu’une misérable augmentation générale de 1,8 % pour 2024.

Et cela ne vaut que pour ceux qui conserveront leur emploi. Dans le fret ferroviaire, la liquidation de l’activité et des emplois est à l’ordre du jour. Farandou ose déclarer : « Le fret, c’est compliqué (…) nous sommes obligés de réduire volontairement notre trafic, notre activité. Cela représente environ 500 emplois de cheminots qui sont menacés. (…) Moi, j’ai confiance parce que je sais que le gouvernement nous soutient. »

Ce gouvernement et la direction de la SNCF soutiennent les cheminots…. comme la corde soutient le pendu. Tous deux ont, en parfaite continuité avec leurs prédécesseurs, programmé la liquidation. En 2003, au début de la restructuration de Fret SNCF en préalable à l’ouverture à la concurrence, 15 000 cheminots y travaillaient. L’ouverture à la concurrence en 2006 du fret ferroviaire, s’est traduite par un effondrement continu du trafic, tous opérateurs confondus et par des suppressions d’emplois massives. Aujourd’hui 4 800 cheminots travaillent pour Fret SNCF mais, en 2024, est mis en œuvre un véritable plan de liquidation, baptisé « plan de discontinuité ». Fret SNCF a désormais interdiction, comme toute autre filiale de la SNCF, d’opérer des trains entiers de fret, qui seront réservés à la concurrence, pour se consacrer aux « wagons isolés », peu rentables d’un point de vue capitaliste. Nul ne sait si ces activités vont intéresser d’autres entreprises ferroviaires ou si cela va aboutir à une nouvelle explosion du nombre de camions sur les routes. Une chose est sûre : les premiers visés par cette attaque sont les travailleurs.

500 emplois seraient directement supprimés mais tous sont en réalité menacés. Farandou prétend proposer à chacun une solution, une reconversion hypothétique, par exemple dans les TER, ou le transfert à d’autres entreprises. Fret SNCF serait coupé en deux filiales, ouvertes au capital privé et dont nul ne connaît l’avenir. Et pour les cheminots transférés dans ces filiales ou à des entreprises concurrentes, l’objectif des patrons est bien de faire encore reculer leurs conditions de travail et de rémunération.

La seule garantie pour les travailleurs du fret n’est certainement pas d’en appeler au gouvernement pour les protéger, autant faire appel à son bourreau. Seule la mobilisation collective des travailleurs du rail, quelle que soit leur entreprise, permettra de rendre coup pour coup.

Correspondant LO