Violences policières : encore un mort

10 Janvier 2024

Mercredi 3 janvier, à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis, un homme est mort aux mains de la police. Un de plus peut-on dire.

La victime était, d’après des témoins, certes agitée et violente, mais désarmée. Les policiers se sont mis à dix-huit pour l’arrêter, lui infligeant douze décharges de taser, le pistolet électrique théoriquement inoffensif. L’arrêt cardiaque a été quasi immédiat, suivi du décès. Les défenseurs habituels de la police, quoi qu’elle fasse, trouveront certainement des explications. La mère de la victime, qui était présente sur les lieux pour tenter de raisonner son fils, n’a plus que ses yeux pour pleurer.

Mardi 9 s’ouvrait le procès des policiers qui avaient passé à tabac en 2017 Théodore Luhaka, à Aulnay-sous-Bois, dans le même département. Un policier a, involontairement dit-il, définitivement mutilé la victime en lui déchirant l’anus avec sa matraque. Théodore avait simplement tenté de s’interposer lors d’un contrôle de police musclé touchant des jeunes de son quartier.

Ce procès, comme l’enquête demandée après l’intervention de Montfermeil, comme tant d’autres procédures suivant des exactions policières, se terminera peut-être par la condamnation aussi symbolique que légère d’un policier. On parlera alors de bavure, d’erreur individuelle, voire de faute professionnelle. Mais la répétition fait système : des jeunes des quartiers populaires sont victimes de violences policières, désignés d’avance par la couleur de leur peau, leur tenue vestimentaire, leur lieu de résidence ou le simple fait de passer par là. Ils le sont d’autant plus que le racisme généralisé et la chasse aux migrants sont encouragés par le gouvernement, la droite, l’extrême droite et le chœur médiatique. Tout cela s’ajoute au mépris des policiers pour les couches populaires, aussi traditionnel et fonctionnel que leur révérence pour les nantis, sans oublier les ajustements des règlements qui leur donnent de plus en plus de pouvoirs.

Le rôle de la police, quoi qu’en pense chaque policier individuellement et quoi qu’en disent les ministres et les manuels d’instruction civique, est de défendre l’ordre social, à coups de matraque s’il le faut, de fusil lorsque c’est nécessaire. Pour s’assurer de sa fidélité, en prévision d’un sale boulot qui peut devenir plus sale encore avec les tensions sociales grandissantes, l’État lui garantit une quasi-impunité. Quant à la sécurité des habitants des quartiers populaires, prétexte habituel aux descentes policières et aux déclarations ministérielles, qui s’en soucie ?

Paul GALOIS