Russie-Ukraine : une guerre qu’ils mènent contre leur peuple

10 Janvier 2024

Le bombardement par l’armée ukrainienne de la grande ville russe frontalière de Belgorod à l’avant-veille du Nouvel An a été présenté par les médias occidentaux comme une nouveauté.

En fait, des missiles ukrainiens prenaient déjà cette ville pour cible depuis des mois. Mais c’était la première fois qu’en ciblant son centre ils faisaient autant de victimes civiles : 25 morts, dont des enfants, et une centaine de blessés.

Les autorités de Kiev ne pouvaient avouer que, en frappant un tel coup, elles voulaient faire oublier l’insuccès de leur contre-­offensive qui a échoué à reprendre les 22 % du territoire que tient l’armée du Kremlin. Alors, elles ont présenté cela comme une réplique aux bombardements russes sur l’Ukraine, les deux camps s’accusant mutuellement, depuis bientôt deux ans, de mener une politique de terreur.

Ainsi, le 1er janvier, lorsqu’il a adressé ses vœux à la nation depuis un hôpital militaire, Poutine a prétendu : « Nous frappons avec des armes de précision les lieux de prise de décision, là où se rassemblent les soldats et les mercenaires, d’autres lieux de ce type, des installations militaires avant tout. » Comme si les innombrables barres de HLM effondrées, calcinées, dont on voit les images depuis des mois, de Kiev à Kharkiv, de Kherson, prise et reprise, à Donetsk, chef-lieu du Donbass pro-russe, n’apportaient pas la preuve effroyable et à grande échelle que dirigeants et généraux de chaque camp n’ont que faire de la population d’en face ! Il faut souligner que peu leur importe aussi le sort de leur propre population, ne serait-ce que parce que les coups portés à la partie adverse entraînent chaque fois des représailles, dans une escalade de l’horreur.

Poutine l’a rappelé le 1er janvier : il a promis l’intensification des frappes dites ciblées de son armée. Il a prétendu dans la même phrase « Nous n’avons pas l’Ukraine pour ennemie », mais on voit bien qui les classes populaires ukrainiennes, comme leurs sœurs de Russie, ont pour ennemis. Ce sont la bureaucratie russe, dont Poutine est le chef, et les couches privilégiées ukrainiennes ralliées au camp impérialiste, dont Zelensky est l’actuel représentant.

Côté russe, cela se manifeste par le prélèvement incessant d’hommes envoyés à l’abattoir, par la répression de tous ceux qui refusent ou critiquent la guerre de Poutine. Cela a aussi pour conséquences des ponctions colossales sur les budgets sociaux, donc sur le niveau de vie des travailleurs, le gel des salaires et des pensions alors que l’inflation fait rage, le Kremlin faisant sa priorité du budget militaire et de la production guerrière.

En Ukraine, le gouvernement a décidé lui aussi de renforcer le complexe militaro-industriel et la production d’armements, qui a triplé en 2023 et devrait sextupler en 2024. En même temps il intensifie la mobilisation, car il faut à l’état-major 500 000 nouvelles recrues. D’où une chasse aux réfractaires renforcée, qui a provoqué des échauffourées dans les rues de Kharkiv, Odessa, Tchernivtsy. Les récalcitrants qui se font prendre sont tabassés, voire torturés, comme à Ternopol où cela a été filmé et où la justice a dû ouvrir une enquête.

La Rada (le Parlement), discute d’exonérer de la conscription certaines catégories de mobilisables, dont les 300 000 salariés du complexe militaro-industriel. Elle envisage aussi d’en dispenser les hommes payant un niveau élevé d’impôt… donc liés aux mêmes milieux d’affaires que les députés et ministres !

Le conducteur de tram qui touche l’équivalent de 300 euros n’aura pas cette chance. En revanche, comme les autres travailleurs, il fera aussi les frais des diktats des tuteurs occidentaux de l’Ukraine. Le FMI a retoqué le budget 2024 du gouvernement ukrainien, exigeant qu’il trouve près d’un milliard d’euros de recettes en plus. Cela veut dire les soustraire au peu qui reste de dépenses utiles à la population, car il n’est pas question de toucher aux 6 milliards qui vont cette année à la production et à la réparation d’armements, donc surtout à de grands groupes occidentaux.

Pierre LAFFITTE