Mayotte : eau rare et plombée

10 Janvier 2024

À Mayotte, la crise aiguë de l’eau s’est traduite depuis septembre par des « tours d’eau » : durant des semaines, l’alimentation était coupée selon les zones deux jours sur trois. Et le jour où l’eau coulait, la population avait pour consigne de l’ARS de la faire bouillir pour ne pas tomber malade.

Voilà que le 6 décembre, les tests ayant détecté la présence de métaux lourds dans l’eau, le préfet communiquait qu’elle était non potable et ne pouvait « en aucun cas être consommée pour les usages suivants : boisson, préparations alimentaires et hygiène ­bucco-dentaire. Compte tenu de la nature des paramètres détectés, ni l’ébullition, ni l’ajout de chlore ne rendent l’eau potable. » Un mois après, les résultats mettent en évidence la présence de plomb venant des robinets utilisés à Mayotte, de manière individuelle ou collective. La nouvelle consigne venant de la SMAE (Société mahoraise des eaux) est de laisser « simplement couler l’eau 10 secondes par précaution ».

Cette succession d’épisodes plus aberrants les uns que les autres ne fait qu’augmenter l’exaspération de la population. À cause de sa dangerosité pour la santé, en particulier des graves troubles neurologiques pour les enfants, l’utilisation du plomb dans la fabrication des canalisations a été interdite dès 1990. Les travaux de remplacement de l’existant dans le domaine public devaient avoir abouti avant fin 2013. À Mayotte on en est loin !

C’est contre cette irresponsabilité dans la gestion de l’eau que différentes plaintes ont été déposées par des habitants. La dernière en date, contre le Syndicat intercommunal d’eau et d’assainissement de Mayotte (SIEAM) et son délégataire, une filiale de Vinci, les accuse de les exposer à un risque immédiat de mort ou de blessures. Les plaignants indiquent notamment « ne pas pouvoir se laver de manière satisfaisante ou souffrir de maladies gastriques et de conditions d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine ». Ils espèrent « la fin de l’impunité des personnes qui n’ont pas, depuis des années, fait leur travail en connaissance de cause ».

Il est possible que des fusibles sautent, comme moyen de masquer le système de recherche du profit d’entreprises telles que Vinci, couvertes par l’incurie des responsables gouvernementaux. Mais, pour sauvegarder la santé publique et les conditions de vie à Mayotte, la population n’a pas grand-chose à attendre des décisions des tribunaux et des autorités. C’est bien la gestion de toute la société qu’elle doit prendre en main.

Charlotte Dauphin